Le diabète, qu’il soit de type 1 (génétique) ou de type 2 (diabète gras généralement associé à l’obésité), a des effets secondaires mal connus du grand public, et insuffisamment dépistés par le corps médical en Suisse.

C’est le constat de Francine Behar-Cohen, directrice médicale de l’hôpital ophtalmologique Jules-Gonin à Lausanne, ancienne professeure en ophtalmologie à l’Université Paris Descartes. Dans le cadre d’un récent séminaire sur le sujet tenu à l’Université de Berne, elle a lancé un appel à la mise en place d’une véritable politique de dépistage précoce systématique des complications liées au diabète.

Risque de cécité

La perte d’acuité visuelle pouvant aller jusqu’à la cécité, est, avec des problèmes circulatoires pouvant conduire à une amputation d’une partie d’un membre, l’une des graves complications possibles du diabète. Cette maladie chronique, caractérisée par une diminution de la production d’insuline conduisant à un excès de glucose dans le sang (hyperglycémie), est généralement détectée par le médecin de famille avant d’être traitée par un spécialiste.

Pourtant, le diagnostic est souvent incomplet, constate Francine Behar-Cohen. «Beaucoup de gens l’ignorent ou, au sein du corps médical, le négligent, le diabète est la première cause de cécité chez les gens de moins de 65 ans dans les pays industrialisés. 5 millions de personnes souffrent ainsi de rétinopathie en Europe. C’est vraiment beaucoup, alors qu’avec un bon système de prévention et la prescription d’un traitement précoce adéquat on pourrait éviter l’œdème maculaire diabétique (OMD), principale complication de la rétinopathie».

La prise de conscience est un facteur clé pour réduire le nombre de cas d’OMD. «Les patients ne se rendent souvent pas immédiatement compte qu’ils souffrent d’une rétinopathie, relève Francine Behar-Cohen. Et lorsqu’ils s’en aperçoivent, notamment par l’apparition d’une zone floue au centre du champ de vision ou la présence de points noirs, il est déjà très tard pour entreprendre un traitement efficace».

Action globale demandée

La directrice médicale de l’hôpital Jules-Gonin appelle donc à une action globale et concertée touchant l’ensemble du système de soins. «Il faudrait que les réseaux de santé, comme il en existe par exemple dans le canton de Vaud, prennent en charge une partie du problème en finançant les appareils de dépistage des rétinopathies diabétiques, suggère-t-elle. Il faut aussi que les médecins généralistes et les diabétologues envoient systématiquement leurs patients diabétiques chez un ophtalmologue ou un optométriste pour effectuer une photo du fond de l’œil qui, seule, peut révéler la présence d’une rétinopathie».

L’OMD, principale complication de la rétinopathie, est le résultat d’un processus inflammatoire qui endommage les petits vaisseaux sanguins de la rétine. La rétine enfle à cause du fluide suintant des capillaires fins de la rétine et qui s’insinue entre les différentes couches cellulaires. La stagnation de fluide dans la macula provoque un épaississement de la rétine et se traduit par une perte d’acuité visuelle.

A l’échelle mondiale, 7% des diabétiques souffrent d’un OMD. Chaque année, entre 0,9% et 2,3% de l’ensemble des patients diabétiques contractent un OMD. Parmi les 438 000 diabétiques en Suisse, 28 500 présentent un OMD, qui aurait souvent pu être évité par un dépistage précoce systématique. «La Suisse est en retard dans cette prévention comparé à d’autre pays européens», déplore Francine Behar-Cohen.

Médicament sous forme d’implant

Le traitement standard de l’OMD est basé sur des injections de médicaments inhibiteurs de VEGF qui réduisent l’activité des vaisseaux sanguins. L’un est Lucentis, de Novartis, dont la proximité et la forte différence de prix avec une molécule semblable utilisée en cancérologie par Roche (Avastin) fait polémique. Bayer, avec le médicament Eylea, a développé le même mécanisme d’action.

Un nouveau médicament, Ozurdex, produit par la société américaine Allergan, est disponible depuis décembre dernier. Son prix, en négociation en Suisse, n’est pas encore fixé. Mais en France il coûte plus de 1000 euros, contre un peu plus de 800 euros pour les médicaments anti VEGF.

La particularité d’Ozurdex est de recourir à un implant biodégradable, un polymère tiré d’un dérivé de l’acide lactique, qui libère progressivement un anti-inflammatoire à large spectre à base de cortisone. Ce mécanisme d’action permet de réduire de plus de moitié le nombre d’injections nécessaires, comparé aux médicaments anti VEGF.

Au stade peu avancé le diabète peut aussi être traité par une forme d’éducation du patient pour l’inciter à changer son mode de vie et d’alimentation. C’est la démarche entreprise par Alain Golay, chef de service aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Les premiers résultats sont encourageants et tendent à démontrer que, dans certains cas, le diabète est réversible.