Réchauffement climatique, baisse des nuitées hôtelières: cela fait plus de dix ans que le tourisme des Alpes vaudoises est en perte de vitesse. Et près de quatre ans que le canton a demandé aux communes de proposer une vision commune pour les Alpes vaudoises en 2020. «Nous voulons une offre touristique globale et plus concurrentielle. Cela passe par une mise en liaison performante des stations et une diversification au-delà du ski», rappelle Lionel Eperon, chef de service à la promotion économique du canton.

En dix ans, les stations de la région ont déjà touché 130 millions de francs de subventions de l’Etat de Vaud. Le canton promet encore davantage – entre 170 et 220 millions – à condition qu’elles mettent en réseau leurs remontées mécaniques. Un projet appelé «La Grande boucle» a été élaboré l’année dernière entre Leysin, Villars, Les Diablerets et Château-d’Œx. Toutes les communes ont voté pour, sauf Ormont-Dessus (Les Diablerets), qui voulait intégrer dans le projet la rénovation d’Isenau, sa télécabine historique. Depuis, tout est bloqué.

L’autre condition pour libérer les subventions cantonales était la fusion des offices du tourisme et des sociétés de remontées mécaniques. Elles sont déjà entérinées pour le Pays-d’Enhaut et Leysin, Ormont-Dessous. Manque le pôle Diablerets, Villars, Gryon. Et, là encore, ce sont les Ormonans qui ont refusé l’organigramme qui mettait le directeur touristique de Villars à sa tête. «Il aurait forcément été partial, c’est un réflexe humain. Il faut quelqu’un de neutre», estime Christian Reber, descendant d’une des familles fondatrices du tourisme aux Diablerets.

«Beaucoup d’Ormonans ne veulent pas être assimilés aux Villardoux et à leur clientèle un peu m’as-tu-vu», explique Eric Mermod, président démissionnaire du comité tourisme des Diablerets. Il y a aussi la peur de l’engrenage: cette fusion touristique ne se terminerait-elle pas en fusion de communes, comme cela s’est déjà vu en Valais? «Villars fait un peu figure de grande sœur, vu d’ici», ajoute Christian Reber.

Depuis la mise en place d’un «comité de pilotage», il y a 15 mois, «les gens se parlent et arrivent progressivement à s’entendre», se réjouit Lionel Eperon.

Mais le temps passe. Jérôme Christen, député de l’Alliance du centre au Grand Conseil, a interpellé plusieurs fois le Conseil d’Etat sur l’avenir des Alpes vaudoises. Sans autre résultat que du «bla-bla», regrettait-il récemment sur Facebook. Des services de Philippe Leuba, rien ne filtre. Les officiels ormonans sont discrets. Les Villardoux, eux, vantent leurs réussites.

Serge Beslin, directeur de l’Office du tourisme de Villars, souligne qu’«ici, les nuitées hôtelières ont augmenté de 40% en dix ans». Alors que de l’autre côté de la montagne, aux Diablerets, elles ont baissé de 20% l’année dernière. Les hôtels ferment les uns après les autres. Les moyens aussi sont différents. Villars Tourisme, grâce à une recherche active de financements privés, dispose d’un budget total de 2,3 millions de francs, contre 700 000 francs chez sa voisine…

Côté remontées mécaniques, le directeur, Pierre Besson, est assez content. Grâce à sa gestion serrée, «Télé Villars-Gryon dégage cinq fois plus de cash-flow que Télé-Diablerets. L’une est déficitaire, l’autre pas: il n’y a pas photo!» Et, avec 13 millions de fonds propres, il a pu moderniser l’offre. Des résultats qu’il reconnaît devoir en partie à l’actionnaire principal, l’horloger Yves Piaget, qui, au moment de la fusion, il y a quinze ans, «a su donner l’impulsion qu’il fallait». Parallèlement, Télé-Diablerets, géré de père actionnaire en fils, a dû céder Glacier 3000 pour 5 millions après un refinancement du canton de 70 millions. Et le Meilleret… pour un franc symbolique. Tandis qu’Isenau fait durer ses cabines des années 70.

Sur le terrain, les valorisations des sociétés de remontées mécaniques sont faites. «Mais, pour le business plan, il faut savoir combien le canton est prêt à mettre», note Pierre Besson. Le nouvel organigramme touristique est en cours. Reste le principal point d’achoppement, Isenau, «pour lequel un financement privé doit être trouvé», répète Lionel Eperon.

Tous les regards sont donc fixés sur Les Diablerets. «Ils se sont un peu endormis. Il leur faudra en tout cas dix ans pour remettre leur domaine skiable au goût du jour», estime Pierre Besson.

«Beaucoup d’Ormonans ne veulent pas être assimilés à Villars et à sa clientèleun peu m’as-tu-vu»