Le diagnostic préimplantatoire (DPI) permet aux parents qui souffrent d’une grave maladie génétique d’éviter de la transmettre à leurs enfants.

Le 14 juin 2015, la modification de la Constitution permettant la légalisation du DPI a été acceptée par 62% des votants. Mais comme ils l’avaient promis, les opposants ont lancé un référendum sur la loi d’application. Voici les détails de cette loi.

■ Comment fonctionne le DPI?

Les couples doivent avoir recours à la fécondation in vitro. La femme subit une stimulation ovarienne qui va permettre de récolter plusieurs ovocytes. Ces derniers seront fécondés au laboratoire pour obtenir des embryons. Quand les embryons commencent à se diviser, des cellules sont prélevées. Leur analyse permet de vérifier si l’embryon est porteur du gène défectueux.

Pour pouvoir pratiquer un DPI, les médecins doivent savoir ce qu’ils cherchent. Il est donc nécessaire de mettre au point un test précis en fonction de la maladie qui touche les parents. Ensuite, un ou éventuellement deux embryons sains sont implantés dans l’utérus de la mère. Les autres sont congelés. S’il n’existe pas d’embryon sain, le processus recommence.

■ Quelles modifications de la loi sont nécessaires?

Le nombre maximal d’embryons développés. Auparavant, il était interdit de développer plus de trois embryons. Ce nombre passera à douze afin de maximiser les chances d’obtenir un embryon sain.

La congélation. Auparavant, tous les embryons développés lors d’une fécondation in vitro devaient immédiatement être implantés dans l’utérus de la mère. Avec la nouvelle loi, il est permis de n’en implanter qu’un et de congeler les autres. Cela permet de réduire les risques que présentent les grossesses multiples, mais pose la question des embryons surnuméraires.

Le diagnostic. La nouvelle loi permet de rechercher une maladie génétique chez les embryons alors qu’auparavant, c’était interdit. Seuls les tests sur les fœtus étaient autorisés, à environ 14 semaines de grossesse.

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■ Que teste-t-on?

Les parents qui recourent au DPI doivent souffrir d’une maladie génétique, qu’ils risquent de transmettre à leurs enfants. Il est nécessaire d’avoir identifié le gène responsable pour mettre au point un test spécifique. Il n’existe pas de liste des maladies qui permettent de recourir au DPI. Il doit s’agir d’une maladie grave, ne pouvant pas être traitée et qui se déclare avant 50 ans.

■ Peut-on pratiquer d’autres tests sur l’embryon?

Oui, un seul. Il s’agit du dépistage des aneuploïdies, qui permet de déterminer si l’embryon possède le bon nombre de chromosomes. Ce test permet notamment de détecter un manque (syndrome de Turner) ou un excès de chromosome (les cas de trisomie). Ce test peut être proposé aux couples porteurs d’une maladie grave, mais aussi à tous les couples infertiles qui recourent à la FIV.

■ Quels sont les arguments des opposants?

C’est ce test de dépistage des aneuploïdies qui concentre l’essentiel des critiques, car il permet de détecter des maladies non héréditaires et qu’il est ouvert à tous ceux qui ont recours à la FIV. Les opposants craignent que les couples subissent une pression pour passer ce test. Ils craignent aussi que les parents qui choisissent de garder un enfant handicapé ou les handicapés eux-mêmes soient stigmatisés.

■ Que disent les partisans de la nouvelle loi?

Ils déplorent qu’aujourd’hui les parents porteurs d’une maladie génétique grave soient obligés de partir effectuer un DPI à l’étranger ou de faire des «grossesses à l’essai» et d’avorter si l’embryon est porteur de la maladie. Concernant le dépistage des aneuploïdies, les partisans soulignent qu’il ne sera proposé qu’aux couples qui le désirent et qu’il permettra d’améliorer les chances de la FIV en implantant les embryons qui ont les meilleures chances de se développer.

■ Les bébés médicaments et les mères porteuses seront-ils autorisés?

Non, ils demeurent interdits.

■ Pourra-t-on choisir le sexe de ses enfants grâce au DPI?

Ce sera formellement interdit, à moins que cela serve à éviter une maladie qui ne concerne que les enfants d’un seul sexe.

■ La nouvelle législation suisse sera-t-elle plus progressiste que celle des autres pays européens?

Oui, si l’on considère le dépistage des aneuploïdies, lequel est interdit dans certains pays, dont la France.

A l’inverse, la Suisse sera un des seuls pays à limiter le nombre d’embryons (à douze). D’autre part, la sélection des bébés médicaments et le don d’ovocytes restent interdits en Suisse alors qu’ils sont autorisés dans plusieurs pays d’Europe, dont la France. La gestation pour autrui reste aussi interdite.


 GLOSSAIRE

  • Fécondation in vitro (FIV): il s’agit d’une technique de procréation médicalement assistée au cours de laquelle le spermatozoïde féconde l’ovule à l’extérieur du corps de la femme. Après la fécondation, les embryons sont mis en culture deux à cinq jours avant d’être transférés dans l’utérus.
  • Diagnostic préimplantatoire (DPI): technique consistant à extraire des cellules d’un embryon créé in vitro pour les analyser. 
  • Bébé médicament: technique qui consiste à faire naître un enfant à la fois exempt de la maladie que peuvent lui transmettre ses parents et immuno-compatible avec son frère ou sa soeur malade. Il pourra ensuite soigner ce dernier grâce à un don de sang provenant de son cordon ombilical.
  • Dépistage des aneuploïdies ou screening génétique préimplantatoire: test qui permet de déterminer si un embryon possède le nombre normal de chromosomes. Il peut s'agir par exemple d’un manque ou d'un excès de chromosomes (comme dans le cas de trisomie). Des aneuploïdies sont présentes dans un grand nombre de fausses couches spontanées.

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