L'importation en Suisse de diamants bruts originaires de Sierra Leone est interdite pour dix-huit mois. Le Conseil fédéral suit ainsi la résolution votée en juillet par le Conseil de sécurité de l'ONU, qui vise à tarir la principale source de financement des rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF). On estime que la vente de pierres précieuses leur rapporte quelque 200 millions de francs par an pour lutter contre le gouvernement légitime, massacrer des milliers de civils et enlever des dizaines de casques bleus.

Dans son communiqué, le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) ajoute que la Suisse n'a pas importé de diamants bruts de Sierra Leone ces dernières années et que des pierres taillées valant 35 000 francs ont été importées pour la dernière fois en 1998. Alors, peanuts et affaire réglée? Sans doute pas. Car depuis trois ans, les arrivages du Liberia explosent: de 13 millions de francs en 1998, les importations de diamants taillés sont passées à 45 millions de francs pour les six premiers mois de cette année. S'y ajoutent pour 25,5 millions de diamants bruts en 1999 (7,5 millions de janvier à juin 2000). Or de nombreux experts et même un rapport de l'ONU dénoncent le Liberia comme plaque tournante majeure pour contourner les sanctions. Avec une production officielle de 140 000 carats entre 1994 et 1998, ce pays a exporté quelque six millions de carats pendant la même période.

Questions sans réponse

Les diamants taillés importés du Liberia cette année sont des pièces peu nombreuses et de fort carat, précise le Seco – ils valent 45 millions et pèsent au total 75 grammes… Pour cette raison même, son porte-parole Othmar Wyss doute que leur origine première soit la Sierra Leone. Mais une autre question surgit: comment le Liberia, sans industrie de la taille, peut-il exporter pareils morceaux, et pourquoi vers la Suisse? Le Seco n'a pas de réponse à cette question, ni De Beers à Londres. «Ces pierres n'ont rien à voir avec nous, et nous ne comprenons pas non plus comment elles peuvent provenir d'un pays qui n'est pas équipé pour les travailler», dit Joan Braune, porte-parole de la société.

Pour Gertrud Ochsner, collaboratrice de l'Action place financière Suisse-Tiers-monde, cette opacité montre que l'efficacité des mesures actuelles reste très relative: «La décision du Conseil fédéral a au moins le mérite de souligner le problème, mais pour être vraiment crédible, il devrait s'engager sur le plan politique pour étendre les sanctions à tous les diamants, bruts ou taillés, provenant de zones en guerre.»