Voilà qui pourrait perturber les intentions des uns et des autres, à moins d’une semaine de l’élection… Le radical Dick Marty, 64 ans, candidat rêvé de la gauche, admet qu’il accepterait, le cas échéant, une élection au Conseil fédéral le 16 septembre. «Je crois qu’un vrai républicain ne peut pas dire non», a glissé hier le sénateur tessinois sur les ondes de la radio alémanique DRS, flatté que son nom soit évoqué pour succéder à Pascal Couchepin. Avant de préciser au Temps: «La Suisse italienne ne comprendrait pas que je refuse une élection, alors que le Tessin, qui n’a pas pu présenter de candidature, n’est pas représenté au Conseil fédéral depuis dix ans. Je suis certes loyal envers mon parti, mais je dois l’être aussi envers toutes les personnes qui me bombardent de messages depuis dix jours.»

A Berne, où une partie de la gauche songeait, depuis quelque temps, à promouvoir une candidature sauvage de Dick Marty, ces précisions n’ont échappé à personne. Certes, les chances d’une élection du Tessinois sont bien minces, le PDC manquant à l’appel pour faire pencher la balance, comme ce fut le cas en 2007 lors de l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf. Par ailleurs, la direction du PS, comme celle des Verts, refuse fermement, du moins officiellement, de voter pour un outsider.

Il n’empêche, souligne le président des socialistes, Christian Levrat, si par le plus grand des hasards, les libéraux-radicaux décidaient de changer leur ticket à la veille du vote, «cette élection se présenterait d’une manière sensiblement différente pour le PS». Christian Levrat: «Dick Marty a une tout autre stature que les candidats libéraux-radicaux officiels. Cela dit, c’est au PLR de faire son choix. Quant à nous, nous ne voterons pas en faveur d’un candidat sauvage. Ce serait une opération kamikaze…»

Les libéraux-radicaux, dont le numéro un Didier Burkhalter ne déclenche décidément pas un fol enthousiasme, ni à gauche ni à l’UDC, sera-t-il amené à revoir sa stratégie? Ce scénario est difficilement envisageable. Car pour le PLR, il n’est pas question de renoncer à son choix, au risque de perdre en crédibilité. Enfin, Dick Marty n’a aucune chance de récolter des voix du côté de l’UDC.

Malgré les mots d’ordre de leurs directions, leur enjoignant d’élire un candidat officiel, un nombre relativement important d’élus écologistes et socialistes, entraînés par le Zurichois Andreas Gross, pourraient toutefois apporter leurs voix à Dick Marty au premier tour de l’élection. Ne serait-ce que pour manifester, sans grand espoir, leur mécontentement à l’égard du choix des candidats officiels proposés. A savoir: un Didier Burkhalter jugé fade, un Christian Lüscher inéligible aux yeux de la gauche et un Urs Schwaller dont les origines alémaniques soulèvent tout de même des interrogations.

Bref. Si la gauche détient une partie des clés de l’élection, les socialistes, comme les Verts, restent divisés sur la stratégie à suivre, contribuant à rendre l’issue du 16 septembre des plus incertaines. Ainsi, Christian Levrat, qui a mené des entretiens individuels avec des membres de son groupe, le répète: à moins d’un changement de stratégie du côté du PLR, une majorité des siens penchait encore, jeudi, pour le Fribourgeois Urs Schwaller. D’une part, dit-il, parce que le PDC est «plus proche» du PS. De l’autre, parce qu’un Urs Schwaller, connaisseur des dossiers de la santé, «a plus d’envergure qu’un Didier Burkhalter». A quoi s’ajoute le fait que le PS a tout intérêt à envoyer des signaux dans ce sens à sa base, quitte à réduire, ensuite, son soutien au candidat Schwaller le 16 septembre…

Et Didier Burkhalter, dans tout cela? Selon Christian Levrat, une «minorité importante» du PS serait tout de même résolue à voter en faveur d’un candidat libéral-radical, pour une question de stabilité. Ces voix iront-elles toutes au candidat officiel de Neuchâtel? Si Didier Burkhalter conserve une chance d’être élu, force est de constater que la stratégie du PLR, qui a décidé de le lancer sur un ticket avec Christian Lüscher, aura contribué à braquer tant la gauche que l’UDC.