Moutier

Dick Marty: «Une décision qui donne du carburant aux extrêmes»

Dernier président de l’Assemblée interjurassienne, une instance dissoute il y a tout juste un an, l’ancien procureur tessinois Dick Marty s’exprime sur l’annulation du scrutin de Moutier

Vous décriviez le vote de juin 2017 comme l’issue d’un processus démocratique exemplaire. Votre réaction aujourd’hui?

Je suis absolument navré. Cette décision est très tardive, dix-sept mois après la votation! Cela a pour conséquence que tout le climat de sérénité qui avait été construit avant le vote tombe en miettes. On est reparti pour quelques années de vive tension.

Autant sinon plus que cette longue attente, c’est le comportement des autorités municipales qui en est responsable…

La préfète dit en effet que l’attitude de l’exécutif de Moutier suffit à elle seule à annuler la votation. Mais c’est quelque chose qu’elle aurait pu dire rapidement, qui ne nécessite pas de longue enquête. Je trouve vraiment que le caractère tardif de cette décision est politiquement incompréhensible. Et croyez-moi, je ne suis ni d’un bord ni de l’autre, même si mon père est né à La Neuveville (BE)!

Doutez-vous de l’équité de la décision préfectorale?

Je suis persuadé qu’elle a décidé en toute conscience. Mais elle agit en tant que représentante administrative du gouvernement bernois. Cette décision n’est pas définitive. L’affaire va maintenant en justice, au Tribunal cantonal bernois et au Tribunal fédéral. Par ailleurs, rarement un vote avait été aussi surveillé dans l’histoire de la Suisse moderne. Un contrôle qui n’a pas empêché les dérives, visiblement…

Notre système n’est sans doute pas exempt de faiblesses et je ne sais pas s’il permet d’éviter absolument tout conditionnement des votes. A mon avis, si l’on se réfère à tous les critères pris en compte par la préfète, certains votes fédéraux seraient peut-être annulables…

Estimez-vous qu’il faudrait revoter tout de suite?

Oui, c’est ce qu’il y aurait de mieux à faire, politiquement parlant. Il faut aussi se souvenir que le vote du 18 juin 2017 n’avait rien d’incongru. En 2013, lors de la votation sur un Jura réunifié, la ville de Moutier s’était prononcée à 55% pour un rattachement au canton du Jura. Depuis vingt ans, sa majorité politique et ses maires sont autonomistes.

Regrettez-vous d’avoir été trop optimiste en ayant cru à la fin de la question jurassienne?

Mais tout le monde l’était, des délégations des deux cantons à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga! La campagne s’était déroulée de manière exemplaire. La décision de la préfète donne du carburant aux extrêmes des deux bords. Ce sont les modérés de part et d’autre qui sont perdants, un véritable gâchis!

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