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Moutier, en mai 2017
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT, Keystone

Question jurassienne

Dick Marty: le vote de Moutier, «un bel exemple de démocratie vécue»

Le président de l’Assemblée interjurassienne se réjouit de la solution très démocratique apportée à la Question jurassienne. Il estime aussi que des entités régionales s’imposeront pour maintenir un fédéralisme vivant en Suisse

La campagne de votation s’achève. Le 18 juin, Moutier élira le canton de son cœur, Berne ou le Jura. Ce faisant, la capitale prévôtoise et ses 7500 habitants mettront – ou presque – un terme à la Question jurassienne, 202 ans après le Congrès de Vienne, qui a attribué le territoire de l’ancien évêché de Bâle au canton de Berne, et 70 ans après sa véritable genèse avec l’affaire Moeckli, ce conseiller d’Etat bernois d’origine jurassienne auquel le Grand Conseil bernois n’a pas voulu confier l’importante Direction des travaux publics.

Après les années de braise du conflit qui ont débouché sur l’entrée en souveraineté du canton du Jura en 1979, cette votation marque la fin d’une période de dialogue commencée en 1994 par la création de l’Assemblée interjurassienne (AIJ) sous l’égide de la Confédération. Son actuel et dernier président n’est autre que Dick Marty, une personnalité mondialement connue pour ses nombreuses enquêtes, notamment sur les prisons secrètes de la CIA en Europe et sur le trafic d’organes au Kosovo. Quel que soit le résultat du scrutin, il souligne déjà ce premier enseignement: «La Suisse est décidément un pays heureux. Avec la Question jurassienne, elle a connu un problème avec des moments dramatiques, mais qu’elle a su résoudre de manière démocratique, sans conséquences tragiques pour les uns ou les autres. Ce n’est souvent pas le cas ailleurs dans le monde dans des conflits semblables.»


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Une campagne digne

Dans l’ensemble, cette campagne s’est déroulée de manière «tout à fait digne», constate-t-il. Rien à voir avec le climat explosif des années 1970, marquées par des violences verbales et parfois même physiques. Le mérite en revient beaucoup à l’AIJ, qui durant plus de vingt ans a réuni les deux frères ennemis jurassiens autour d’une même table, les invitant à réfléchir ensemble au conflit qui les déchire, mais aussi à trouver des solutions à des problèmes concrets.

Aussi discrète qu’efficace, cette AIJ a reçu de nombreuses délégations étrangères, d’Europe comme d’Asie. Est-ce à dire que son modèle serait exportable? «Tel quel, non, répond Dick Marty. Mais ses principes oui, par exemple la création d’un climat qui diminue la violence et qui institue un rituel de dialogue où s’expriment les divergences, les tensions et les émotions.»

Après le rapport de l’AIJ esquissant les scénarios d’un Jura à six communes et d’un «statu quo +», Dick Marty ne cache pas non plus son admiration pour les délégations des deux cantons du Jura et de Berne. «Elles ont fait preuve d’une maturité politique et d’une qualité de dialogue remarquables. Conscientes de leur responsabilité de devoir sortir la Question jurassienne de l’impasse, elles se sont réunies en secret à Soleure, parvenant à garder un degré de confidentialité dont même le Conseil fédéral pourrait prendre exemple.»

«Malgré les affiches, un bel exemple de démocratie»

Tout cela a débouché sur le scrutin du 24 novembre 2013, lors duquel le Jura bernois a décidé de rester fidèle à Berne, puis sur l’actuel vote communaliste de Moutier. La campagne qui s’achève a certes été marquée par quelques dérapages. Les antiséparatistes ont mis le feu aux poudres par une affiche très controversée où les Jurassiens sont associés à des rongeurs avides. Les autonomistes déplorent aussi «le mensonge» des faux chiffres laissant croire que Moutier coûte cher au canton de Berne, alors que ce n’est pas le cas. Les antiséparatistes se sont pour leur part irrités des déclarations de certains autonomistes selon lesquelles «seul un oui au Jura ramènera la paix à Moutier». De tout cela, Dick Marty ne s’émeut pas outre mesure: «Des dérapages sont inévitables dans une telle campagne. Il faut être reconnaissant aux Jurassiens des deux bords d’avoir offert un bel exemple de démocratie vécue.»

Et après le 18 juin? Ce vote signifiera-t-il vraiment la fin de la Question jurassienne? «Institutionnellement, oui.» Mais cela n’empêchera pas les générations futures de reprendre le débat en travaillant sur d’autres pistes. Durant son activité de sénateur sous la coupole fédérale, Dick Marty confie qu’il n’a cessé de voir le pouvoir des cantons s’éroder au profit de celui de la Confédération. «Pour maintenir un fédéralisme vraiment vivant, il faudra renforcer les cantons, soit par des fusions, soit par des entités régionales.» Pense-t-il ici à la création d’un canton de l’Arc jurassien? Il laisse la question ouverte. «Lorsque la réalité socioéconomique ne correspond plus à la réalité politique et institutionnelle, cela pose un problème de légitimité démocratique qu’il faudra bien affronter un jour.»

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