En 1997, du papier à Internet

Le «Dictionnaire historique de la Suisse» menacé

«L’idée avait le poids symbolique qui sied aux grands événements. Depuis des années, la Confédération espérait que le premier volume du nouveau Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) paraîtrait à temps pour son 150e anniversaire, en 1998. Mais il n’en sera rien: au début de l’été, une circulaire interne a appris aux quelque 2000 collaborateurs du DHS que l’impression de l’ouvrage ne démarrerait au mieux que dans «deux ou trois ans».

Ce n’est pas le premier retard que subit cet important projet, qui doit rassembler – de A comme la famille lucernoise Von Aa à Z comme le conseiller national Carl Samuel Zyro (1834-1896) – l’ensemble des connaissances historiques actuellement disponibles sur la Suisse. Lors du lancement du DHS en 1988, Berne avait prévu le début de la publication de cette somme en 1995 ou 96. L’ampleur de l’entreprise peut expliquer ces reports à répétition: le dictionnaire devrait comprendre 35 000 articles, répartis en 12 volumes de 700 pages chacun. Une masse de connaissances qui doit, évidemment, être traduite et imprimée dans les trois langues nationales, sans compter une édition restreinte en romanche [le Lexicon istoric retic].

L’exhaustivité a son coût. Celui du DHS a été fixé à 35 millions de francs, versés entièrement par la Confédération. Généreuse au début, celle-ci a progressivement réduit ses subventions annuelles, ce qui a retardé la réalisation de l’ouvrage, explique Marco Jorio, rédacteur en chef du DHS. L’énormité des tâches de traduction a encore ralenti les travaux. Jean Guinand, conseiller d’Etat neuchâtelois et président du Conseil de fondation, évoque notamment de «terribles retards du côté de l’italien». Pour des raisons de cohésion nationale, il était toutefois impensable que les premiers volumes ne paraissent pas en même temps dans les trois langues.

Au fil des années, le marché promis au futur dictionnaire a rétréci comme peau de chagrin – passant de 7000 exemplaires à un chiffre «beaucoup plus incertain», selon M. Jorio, mais certainement très inférieur. Cela a incité les éditeurs privés responsables de l’impression du DHS, qui espéraient au départ rentrer dans leurs frais, à demander des subventions fédérales. Mais Berne a fait savoir que le projet ne recevrait rien avant l’an 2000. Aujourd’hui, même si l’objectif d’une impression demeure, il n’est pas du tout garanti que le gigantesque dictionnaire existe un jour sous forme matérielle.

En revanche, quelque 12 000 articles devraient être accessibles au public sur Internet dès l’année prochaine – une première mondiale pour ce genre d’ouvrage, selon Marco Jorio. Avantage de la publication électronique par rapport au papier: elle ne coûte presque rien. Elle pourrait même rapporter de l’argent aux éditeurs du DHS, si ceux-ci choisissent de publier l’ouvrage sous forme de «Web-CD», donnant lui-même accès au «réseau des réseaux». L’idée est tellement séduisante que la possibilité de renoncer à imprimer le DHS sur papier a été évoquée par le Conseil de fondation. «Nous avons finalement conservé l’objectif de l’impression, explique Jean Guinand, parce que le but du projet est aussi de donner un instantané des connaissances historiques à une époque donnée.» Une fois sorti des rotatives, le papier ne peut plus être corrigé, alors que la version électronique du DHS sera constamment actualisée. […] »

« Quelque 12 000 articles devraient être accessibles sur Internet dès l’année prochaine, première mondiale pour ce genre d’ouvrage »

ARCHIVES HISTORIQ UES

>> Sur Internet

www.letempsarchives.ch