A l’heure de présenter le bilan de ses 100 jours, Didier Burkhalter s’est pris à citer le général de Gaulle: «gouverner, c’est choisir entre des désavantages». «J’y pense quasiment chaque jour depuis mon entrée en fonction» début novembre, a admis le Neuchâtelois, qui a tenu son discours à l’hôtel zum Aeusseren Stand, haut lieu du radicalisme et ancien siège du Conseil des Etats.

Fidèle à son image, le conseiller fédéral s’est montré prudent, évitant toute déclaration fracassante. Interrogé sur l’intention de l’Allemagne d’acheter des données bancaires volées en Suisse, il s’est contenté de prôner une accélération des négociations pour un accord de double imposition avec Berlin reconnaissant l’évasion fiscale.

«Face aux vagues déferlantes qui s’abattent sur la Suisse, la solution est de stabiliser les relations avec nos principaux partenaires». Concernant l’Allemagne, le gouvernement tranchera mercredi et je me tiendrai à la décision, a assuré Didier Burkhalter en faisant l’éloge de la collégialité.

Quant aux critiques qui frappent le Conseil fédéral ces derniers temps, «elles sont normales», pour lui. Son analyse: elles sont liées «au fait que nous intervenons, que nous gouvernons au lieu de gérer uniquement les acquis».

Concernant la santé, le radical a insisté sur la nécessité d’augmenter la qualité des soins et la prévention, plus que sur l’explosion des coûts. Une «task force» sera créée pour prendre les choses en main.

Le Neuchâtelois espère que le Parlement adoptera en mars le paquet de mesures urgentes lancées par Pascal Couchepin. Avec les décisions prises par le gouvernement, celui-ci devrait permettre de contenir de 3 points l’augmentation des primes pour l’an prochain.

Et de marteler sa volonté de généraliser les réseaux de soins intégrés. La révision de la loi sur l’assurance-maladie (LAMal) consacrée à la promotion des modèles «managed care» devrait entrer en vigueur au plus tard en 2012, a-t-il noté. Idem du nouveau financement hospitalier, avec les forfaits par cas.

Rayon social, l’adage reste le même: consolider le système pour faire face au vieillissement de la population et à l’endettement progressif des assurances. «Si on ne bouge pas, on devient vulnérable, or il faut penser à nos enfants et à nos petits enfants».

La première épreuve est agendée le 7 mars, avec la votation sur la baisse des rentes du 2e pilier. «Il sera difficile d’obtenir un oui», a reconnu M.Burkhalter. Pourtant, «il n’y a pas de plan b»; il faudra probablement élaborer un nouveau projet et certaines caisses de pension en difficultés devront peut-être prendre des mesures.

La 6e révision de l’assurance invalidité devrait progresser, son premier volet étant transmis aux Chambres ce printemps, tandis que le second, fixant un net durcissement des conditions d’octroi ira en consultation.

Le ministre des affaires sociales se fait du souci pour le sort de la 11e révision de l’AVS et a appellé le Parlement à trouver un accord «raisonnable». Il pense pour sa part déjà à la 12e révision comptant un «mécanisme automatique d’adaptation aux réalités démographiques et économiques», sorte de frein à l’endettement de l’AVS.

Ensuite, Didier Bukhalter s’attaquera aux allocations familiales (une rente par enfant, même pour les indépendants) et au financement de l’assurance maternité. Les cotisations salariales risquent de passer de 0,3 à 0,5% l’an prochain.

Pour ce qui est de la formation et de la culture, la Suisse doit «s’adapter pour confirmer les hauts niveaux atteints». Quant à la création d’un département de la formation, idée chère au radical, elle est en discussion, tout comme le renforcement de la présidence. «La mise en place, si elle se confirme, n’aura lieu qu’en 2012, après les prochaines élections fédérales», a-t-il rappelé.