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Au Forum économique mondial, en janvier 2016, il s'était montré très complice avec John Kerry.
© Keystone/Jean-Christophe Bott

Démission

Didier Burkhalter n'avait plus «le feu sacré total»

Le conseiller fédéral démissionnaire veut davantage de temps pour la vie privée, et être moins visible publiquement. Il laisse le dossier européen en chantier

L'envie de faire autre chose, «le besoin d'écrire une nouvelle page dans ma vie.» C'est ainsi que Didier Burkhalter motive sa décision de quitter le Conseil fédéral le 31 octobre, après y avoir consacré très exactement huit ans. Cette décision lui est «venue naturellement dimanche dernier», mais elle est le fruit d'un long mûrissement dont il ne donne pas les raisons. Est-ce lié au dossier européen, qu'il peine à faire avancer depuis que le mandat de négociation adopté par le Conseil fédéral reconnaît la Cour de justice de l'UE comme arbitre des différends portant sur les accords bilatéraux? A cette question, il répond par la négative. «J'ai eu d'autres dossiers difficiles», dit-il.

Lire l'éditorial: Le sparadrap du capitaine Burkhalter, démissionnaire

Il admet cependant que la position qu'il défend «n'est pas véritablement soutenue. Il est difficile de mener le dossier européen dans le sens que je souhaite. Si j'avais le feu sacré total, je resterais les cinq ans supplémentaires nécessaires. Je continue de croire à un accord institutionnel et je ne crois pas à l'érosion, au statu quo lentement dégradé des relations entre la Suisse et l'UE», ajoute-t-il. Il précise avoir choisi d'annoncer mercredi sa décision au président de l'Assemblée fédérale Jürg Stahl, à ses collègues et à son parti pour éviter de le faire le dernier jour de la session de printemps, vendredi. Ce jour-là, en effet, le Conseil fédéral se réunit pour parler du dossier européen. L'annonce de sa démission aurait interféré dans ce processus. «Le Conseil fédéral devra dire si l'accord institutionnel est la bonne voie», reprend-il en précisant qu'il faudra peut-être plusieurs séances pour qu'une décision soit prise.

Lire: Ignazio Cassis en tête des candidats potentiels à la succession 

Et le Conseil de l'Europe?

Pourquoi quitter le Conseil fédéral le 31 octobre? «Cela correspond à l'échéance de certains dossiers, mais cela aurait aussi pu être le 31 décembre», lâche-t-il. Il ne dit rien de ses intentions futures. «Je ne sais pas encore quelle encre je vais utiliser» pour écrire cette «nouvelle page » de sa vie, lit-on dans sa lettre. Tout au plus concède-t-il qu'il aura plus de temps pour se consacrer à ses proches, «c'est un besoin personnel», ajoute-t-il.

On a régulièrement spéculé sur ses intérêts pour une grande organisation internationale. Le secrétariat général de l'ONU ayant été attribué au Portugais Antonio Guterres, cette porte est désormais close. Et le secrétariat du Conseil de l'Europe, comme on le murmure en coulisses? «Je ne me suis pas posé cette question», répond-il à une question posée sur son envie de succéder au Norvégien Thorbjörn Jagland, en poste depuis 2009.

Lire également: Didier Burkhalter quittera le Conseil fédéral au 31 octobre

A 57 ans, Didier Burkhalter va ainsi tourner le dos à cette politique qui l'aura occupé pendant 32 ans. Il n'a d'ailleurs fait que ça après ses études à l'Université de Neuchâtel. Il a été tour à tour secrétaire du Parti radical neuchâtelois, secrétaire romand du Parti radical suisse, député communal et cantonal, membre du Conseil communal (Exécutif) de la Ville de Neuchâtel de 1991 à 2005, conseiller national puis conseiller aux Etats de 2003 à 2009, année de son élection au Conseil fédéral au nez et à la barbe de son colistier Christian Lüscher et du... démocrate-chrétien Urs Schwaller, qui avait tenté de chiper un siège au PLR.

Il a dirigé deux ans le Département fédéral de l'Intérieur avant de reprendre les rênes des Affaires étrangères après le départ de Micheline Calmy-Rey à fin 2011. A l'heure de son bilan, mercredi, il n'a pipé mot de son passage à la tête des assurances sociales et de la santé publique et aucune question ne lui a été posée à ce sujet. C'est assez révélateur: il laissera derrière lui l'image d'un ministre des Affaires étrangères très engagé en 2014 dans le processus de paix en Ukraine dans sa fonction de président de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Contacts familiers

Sur le plan international, il aura côtoyé les plus grands avec une extrême simplicité et en recherchant à chaque occasion à créer un contact très personnel: la familiarité de ses rencontres avec le secrétaire d'Etat de Barack Obama, John Kerry, reste dans toutes les mémoires. Dans son bilan, il met aussi l'accent sur le rôle joué sur la scène mondiale non pas par la Genève internationale mais par «la Suisse internationale par Genève».

Il s'en va en délivrant un autre message, un appel aux jeunes, avec qui il sera resté en contact permanent pendant son mandat gouvernemental: «J'ai mis tout mon coeur, avec ma réserve neuchâteloise, dans mon engagement politique. J'aimerais inciter les jeunes à s'engager, leur dire que nous avons en Suisse des institutions extraordinaires qui obligent à une grande modestie».

Dans sa lettre de démission, il étend sa réflexion au gouvernement: «Je suis convaincu que l'un des secrets de la sérénité helvétique, sur laquelle le temps ne semble pas avoir de prise, tient au fonctionnement de son collège gouvernemental, qui doit se renouveler sans cesse». Le parlement aura l'occasion de procéder à un renouvellement partiel le 20 septembre.

Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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