Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
En juin 2017, Didier Burkhalter se préoccupe du sort d’un nouveau-né à l’hôpital de Marioupol, en Ukraine. C’est ce genre d’émotions qu’il retranscrit dans son livre.
© ANTHONY ANEX/KEYSTONE

Reconversion

Didier Burkhalter, servir et faire paraître

Six semaines après avoir quitté le Conseil fédéral, le Neuchâtelois publie un recueil d’histoires fondées sur des rencontres faites lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères, et sur les émotions qu’il a alors ressenties

Ils se nomment Angelica, Victor Preciado, Maria Clara, João Pedro, Orlando, Mahamadi, Djénéba, Mariam, Kingsley, Mahamadou, Mireille, Myat Noe, Khan Keow, Aya, Aimar, Ahmed, Zyad, Imane, Sasha, Dasha, Lasha, Aniceah, June, John, Teano, Tomek, Klaudia, Jan, Dragomir, Dhurim, Laurence, Zahia, Mohamed, Slim, Cyrine, Merveille, Destin, Elnathan, Geoffroy, Nethmi, Rashmi. Ce sont des enfants, des adolescents, de jeunes adultes, réels ou inspirés de rencontres réelles. Ce sont les personnages des «histoires» racontées par Didier Burkhalter dans Enfance de Terre, un recueil de 128 pages qui paraît à la veille des fêtes de Noël.

Après son départ du Conseil fédéral le 31 octobre, le Neuchâtelois n’est pas parti en vacances comme d’autres l’auraient fait. Il s’est assis devant son ordinateur, a actionné la machine à souvenirs tapie dans son cerveau et s’est mis à rédiger cette série de portraits d’enfants, qui égarés dans un territoire en guerre, qui abandonnés à leur propre misère, qui pourchassés par de terrifiantes milices rebelles, qui fuyant sur des routes inconnues, qui réfugiés dans un pays qui n’est pas le leur, qui isolés sur un archipel menacé par les flots, qui héritiers d’un printemps arabe aux atmosphères parfois hivernales. Au fil de ses récits, Didier Burkhalter promène son lecteur sur les cinq continents, de la Colombie au Myanmar en passant par le Burkina Faso, le Bangladesh, la Syrie, le Liban, l’Ukraine, Vanuatu, le Kosovo, la Tunisie, la Libye, le Congo, le Sri Lanka et tant d’autres lieux.

Nouvelle vie ou prolongement de la précédente?

Ces souvenirs, il les a ramenés de ses voyages effectués entre 2014, année de sa sommitale double présidence de la Confédération et de l’OSCE, et 2017. Il est allé les rechercher au fond de sa mémoire, car il jure n’avoir pris aucune note sur place. «Les seules annotations que je faisais le soir dans ma chambre d’hôtel concernaient les séances officielles et protocolaires auxquelles je participais. Les programmes de ces visites laissaient peu de place pour respirer, mais mes collaborateurs savaient que je souhaitais rencontrer librement des gens en dehors des formes pesantes du protocole. Cela m’a permis d’emmagasiner des émotions qui ont réveillé quelque chose en moi», confie-t-il. L’idée de raconter ces émotions lui est venue ce printemps, en même temps que mûrissait celle de quitter le gouvernement et de passer à autre chose.

Lire aussi: Didier Burkhalter, le perdant magnifique

Il tourne la page de la politique et ne s’exprimera plus, contrairement à certains de ses prédécesseurs, sur les affaires publiques. Il tourne la page et explore un nouvel univers, celui de la plume, de la narration, de l’écriture. Après ce premier livre, d’autres, encore diffus, suivront, une biographie, aussi. Mais est-ce vraiment une coupure entre deux vies? Est-ce vraiment, comme il le dit, le début d’une nouvelle existence? N’est-ce pas plutôt le prolongement de la précédente? Ce livre aurait-il été possible s’il n’avait pas dirigé les Affaires étrangères? Si le ministre qu’il était n’avait pas fait ces rencontres inspirantes? S’il n’avait pas croisé des Mahamadou victime malienne d’un enfant-soldat, des Angelica et Victor Preciado réfugiés dans les collines de Colombie, des Sasha combattant au Donbass? «Il est vrai que je n’aurais pas pu écrire ces histoires si je ne les avais pas vécues», concède-t-il.

Diplomatie postgrade

Il poursuit: «La vie entière est un livre et chaque nouvelle page se nourrit, d’une manière ou d’une autre, des chapitres précédents. Mes rencontres humaines dans le cadre de mes voyages en tant que ministre des Affaires étrangères m’ont apporté un regard plus précis sur le monde, plus directement relié aux émotions.» Ces récits ont en toile de fond le rôle que la Suisse peut jouer, par ses organisations humanitaires et ses programmes de coopération, à l’étranger. Il y a donc de la diplomatie postgrade dans la démarche. La très belle photo de couverture, un enfant au regard profond, est d’ailleurs fournie par le Département fédéral des affaires étrangères.

Lire également: Didier Burkhalter n’avait plus «le feu sacré total»

Le lien est aussi commercial. A mi-novembre, alors que sa rédaction était déjà très avancée, il a contacté trois maisons d’édition. «Je leur ai demandé si l’on pouvait envisager de publier avant Noël, car je trouve que cette période de l’Avent doit être celle d’une espérance toute particulière. Michel Moret, des Editions de l’Aire, a réagi positivement en disant que ce serait une belle aventure de relever le défi», poursuit-il. Sa notoriété a forcément joué un rôle, car cela assure une visibilité supplémentaire à l’ouvrage. De ce point de vue également, l’écrivain Burkhalter se nourrit du conseiller fédéral Burkhalter.

«Sans fin»

Il ne s’agit toutefois pas d’un livre politique. «Toutes les histoires ont un fond de réel, une base que j’ai vécue et sont inspirées par des rencontres qui ont eu lieu. Mais il s’agit d’une fiction et non d’une description scientifique et exacte des réalités dans le temps. «Certaines rencontres sont restées si clairement imprégnées en moi qu’elles expliquent vraisemblablement l’envie d’écrire», raconte-t-il. Il cite les exemples de ces jeunes Tunisiens qui créent leur entreprise et s’engagent dans la vie publique locale, évitant ainsi de tomber dans l’extrémisme violent, cette maman colombienne qui fuit avec ses cinq enfants, ce nouveau-né abandonné dans un hôpital de Marioupol.

Enfance de Terre n’a ni préface ni introduction, juste un paragraphe explicatif de la démarche au dos du livre. Pas de conclusion, non plus. Ou plutôt si, cette simple formule, qui, sur la dernière page, sonne comme une maxime: «Sans fin.» Si la lecture est finie, l’enfance et l’espoir, eux, restent sans fin. Didier Burkhalter n’est plus conseiller fédéral. Il ambitionne d’associer son nom à un nouveau profil, littéraire. «Servir et disparaître», ont dit plusieurs de ses prédécesseurs au moment de quitter le gouvernement. Lui, ce sera plutôt «Servir et faire paraître».


Enfance de Terre, par Didier Burkhalter, Editions de l’Aire, 2017, 128 pages.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a