Les communicateurs de son département et du Parti libéral-radical ont beau s’échiner à expliquer que Didier Burkhalter a décidé de changer de département «par intérêt pour les affaires étrangères et pour faire sauter des blocages politiques», le départ du Neuchâtelois des affaires sociales et de la santé apparaît plutôt comme un abandon prématuré, après deux ans seulement à la tête du DFI.

Le conseiller fédéral a ainsi renoncé à venir expliquer cette rocade devant la presse. Le président du PLR, Fulvio Pelli, a contribué à renforcer le sentiment général à Berne, en déclarant à l’ATS que son «passage aux Affaires étrangères n’est pas une volonté expresse de Didier Burkhalter ou du PLR». Pour Fulvio Pelli, «le changement découle sans doute d’un souhait du Conseil fédéral». Manifestement, le président du PLR aurait souhaité conserver les affaires sociales en mains radicales.

Ancien président de la Commission des affaires sociales du Conseil des Etats et concurrent direct de ­Didier Burkhalter pour l’élection au Conseil fédéral, le démocrate-chrétien Urs Schwaller a la dent dure. «Je suis surpris qu’il change de département aussi vite. Il y est resté trop peu de temps et n’a pas pu imposer sa marque. Il part après avoir été désavoué lors de la votation sur le taux de conversion du deuxième pilier et à la veille d’une votation difficile sur un de ses rares succès devant le parlement, les réseaux de soins.»

Apaisement

S’il est vrai que le bilan du conseiller fédéral neuchâtelois à la tête du DFI est maigre, cela est dû, en partie seulement, à l’opposition conjuguée de la gauche et de l’UDC, notamment sur la révision de l’AVS. Mais il faut lui laisser le mérite d’avoir apaisé un secteur chahuté par son prédécesseur Pascal Couchepin, d’avoir renoué le dialogue avec les médecins, d’avoir posé les jalons d’une politique de la santé à long terme.

L’échec de réunir toute la recherche et la formation au sein de son propre département l’a marqué bien plus qu’il ne l’avoue en public.

Didier Burkhalter n’a jamais caché n’avoir pris l’Intérieur que faute de mieux. Il aurait souhaité la Défense ou alors les Affaires étrangères. Le fait que l’arrivée d’un socialiste à la tête des affaires sociales permette de lever l’opposition de la gauche aux réformes indispensables l’aurait aussi incité à changer.

Didier Burkhalter renoue ainsi avec une longue tradition de ministres des Affaires étrangères neuchâtelois, après Max Petitpierre, Pierre Graber, Pierre Aubert et René Felber. Avec l’Economie aux mains de ­Johann Schneider-Ammann, l’essentiel des relations de la Suisse avec l’étranger, et surtout l’Europe, est désormais de la responsabilité de ministres libéraux-radicaux.

Il appartiendra à la droite d’assumer les concessions pour résoudre les problèmes du secret bancaire, de la fiscalité des entreprises ou de la libre circulation des personnes qui pèsent dans nos relations avec l’UE, songe Christian Levrat. La gauche supportait de plus en plus mal la défense à tous crins du projet d’impôt libératoire «Rubik» par la socialiste Micheline Calmy-Rey. Une partie de l’opinion avait fini par assimiler les relations européennes avec une idée de gauche.

Moins médiatique que Micheline Calmy-Rey, Didier Burkhalter aura désormais à «vendre» la politique européenne de la Suisse à la droite alémanique. Une de ses premières tâches sera de désigner un nouveau secrétaire d’Etat en remplacement de Peter Maurer, qui prendra la présidence du CICR en 2012.