L’image restera encore longtemps gravée dans sa mémoire: celle d’un quad qui lui retombe dessus. Président du Parti libéral radical fribourgeois, Didier Castella est un miraculé. Parce que ce fameux 23 juillet, quelque part dans l’Ouest canadien, en Colombie-Britannique, il a cru vivre son dernier jour. Il s’en sort avec un total de 18 fractures, au bassin, aux côtes et aux vertèbres, et les ligaments d’une épaule déchirés. Le 16 août, il a été transféré à la Clinique romande de réadaptation à Sion où, après une énième séance de physiothérapie, il raconte son accident et explique comment il gère un parti à la veille des élections cantonales de cet automne.

«Je passais mes vacances en famille et un matin, je suis parti faire du quad avec deux amis. Nous étions sur le chemin du retour, heureux car nous avions franchi des rivières, grimpé sur des rochers. On revenait donc tranquillement en roulant sur l’herbe, en droite ligne, et j’en profitais pour regarder le paysage. Si bien que je n’ai pas vu qu’il y avait un trou. J’ai été éjecté du quad. Et je me souviens encore de mon soulagement, j’étais juste étalé dans l’herbe.» Sauf qu’à la même seconde, il voit le quad, un engin de près de 400 kilos, qui va l’écraser avant de faire plusieurs tonneaux et de s’immobiliser.

Au milieu des ours

Didier Castella reste conscient. «Je pouvais bouger. Ça m’a rassuré sur l’état de ma colonne vertébrale. Par contre, j’ai immédiatement senti que mes jambes n’étaient plus tenues au bassin.» Par chance, le trio est bien équipé et a emporté un téléphone satellitaire pour appeler les secours. Sauf qu’en pleine nature, loin de tout, ses deux compagnons de galère doivent le laisser seul pour accueillir et guider les ambulanciers. «Ils n’avaient pas le choix étant donné qu’ils devaient franchir un passage en s’assurant», explique-t-il.

Le blessé passe les heures les plus longues de sa vie. «Il y avait des ours dans cette région. Et le soleil a commencé à taper. Je sentais aussi qu’une poche de sang se formait, près du bassin. J’étais inquiet à l’idée d’une hémorragie interne. Je comptais les minutes, j’essayais de me distraire en pensant à une bonne bière sur une terrasse.» L’arrivée des ambulanciers n’y changera rien: il faut encore attendre l’hélicoptère. Lequel arrivera plus de quatre heures après l’accident. «Les distances ne sont pas les mêmes qu’en Suisse. L’hôpital le plus proche est à Kelowna, à près de 400 kilomètres du site où nous nous trouvions.» Didier Castella n’est pas au bout de ses peines. L’appareil ne pouvant pas se poser à proximité, il doit être déplacé en pick-up.

Trente heures de voyage

Passons sur les problèmes d’assurance, qu’il doit régler malgré son état, sur les douleurs que même la morphine n’atténue pas, sur l’impossibilité de dormir, sur la prise en charge canadienne. «Après une première opération du bassin à Kelowna, je me suis battu pour rentrer. Mon anglais étant moyen, la communication était difficile. Au Canada, les soins coûtent aussi très cher, près de trois fois plus qu’en Suisse. Et puis ce n’était que des fractures. Aucun organe n’était touché.» Un diagnostic qui lui a très vite remonté le moral. «Au début, à l’hôpital de Kelowna, j’étais content d’être seul, qu’on ne me voie pas dans cet état. Mais dès que le médecin m’a annoncé que seuls les os étaient touchés et que les os, ça se réparait, j’ai retrouvé le moral et j’avais envie de rentrer le plus vite possible.»

De Vancouver à Zurich sur un brancard

Le Fribourgeois est alors transporté de Kelowna à Vancouver, puis de Vancouver à Zurich, sur un vol de ligne. «J’étais attaché sur un brancard mais j’ai passé la douane comme tout le monde. Une fois les passagers installés, on m’a soulevé pour m’installer au-dessus des sièges, collé au plafond.» Trente heures de voyage et il arrive en Suisse le 5 août pour être hospitalisé à Fribourg.

A Fribourg justement, où il est très attendu. Par ses proches, mais aussi par son parti. Président du PLR, Didier Castella est au front depuis 2013. Depuis la conclusion d’une entente entre les partis de droite en vue des élections cantonales qui auront lieu au mois de novembre. UDC, PDC et PLR unis? Du jamais-vu pour un objectif commun: faire barrage à la gauche unie et décrocher une confortable majorité au gouvernement avec cinq élus de droite pour sept sièges. Ce qui, pour le président fribourgeois du PLR, sera conforme au poids politique des trois partis à l’issue des élections fédérales de cet automne. La Convention de 2013 stipule qu’en fonction des résultats du premier tour, le 6 novembre, cinq candidats au maximum se lancent pour le second tour, chaque parti ayant la garantie de présenter au moins une personne le 27 novembre.

Le secret: déléguer

Rien n’est fait. Cette entente est sous les feux des projecteurs. Elle a déjà connu des ratés que chacun s’empresse de commenter. Sur sa chaise roulante, Didier Castella ne s’en émeut pas autrement et assure qu’actuellement, l’ambiance est très bonne, bien meilleure qu’à gauche. Et alors que tous les candidats se pressent aux multiples manifestations populaires des fins de semaine, il ne compte rien manquer. Ces deux derniers week-ends, il a pu rentrer à Fribourg. «Et je teste avec succès ce que nous avons mis en place en 2012 déjà: la délégation des tâches.»

Coordonner une campagne à distance

Il relève également que les décisions les plus importantes ont été prises. «Les candidats sont nommés, notre programme est sous toit, ainsi que le budget et notre politique de communication», explique-t-il. Ordinateur sur les genoux, téléphone portable à portée de main, il coordonne la campagne à distance. «Et ça fonctionne très bien», assure-t-il. Lui-même sollicite un nouveau mandat de député au Grand Conseil. Et professionnellement, il garde également un œil sur ce qui se passe du côté de Berne, où il travaille pour le Département de la défense, de la protection de la population et des sports.

Ses médecins se prononceront le 30 septembre sur la suite du traitement. Didier Castella espère pouvoir bientôt remiser sa chaise roulante et se déplacer avec des cannes. On peut parier qu’il ne manquera pas la Bénichon.


Lire aussi: Jean-François Steiert est prêt à quitter Berne