Au neuvième étage des HUG, son bureau surchargé atteste qu’il est pour le moins très occupé. Un dossier Macron figure en bonne place. Prioritaire? «Tout est urgent en ce moment», élude-t-il. Le professeur Didier Pittet n’ira pas à Paris cette semaine. Depuis fin juin, il s’y rend les jeudis et vendredis en sa qualité d’infectiologue indépendant chargé par le locataire de l’Elysée d’évaluer le gouvernement français pour la gestion de la crise du covid. Pour l’heure, Didier Pittet a la tête à Genève. «Nous sommes en situation d’hyper-endémie», dit-il.

Il dirige le service de prévention et de contrôle de l’infection aux HUG, et est surtout celui qui a développé et démocratisé la solution hydroalcoolique (SHA). Didier Pittet est quelque peu remonté ces jours-ci. Il avance ce chiffre: 5%. «Voilà mon estimation de l’utilisation moyenne de la solution hydroalcoolique en Suisse. Un habitant devrait consommer un flacon par semaine. Nous sommes très loin du compte», argue-t-il.

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Plus important que le masque

Samedi dernier, il a lui-même visité plusieurs restaurants genevois. De ce sondage express, il est ressorti que trois adresses sur dix ne proposaient pas de gel hydroalcoolique, deux en disposaient devant les entrées et que pour les cinq autres il a fallu chercher longtemps avant de les trouver. Didier Pittet prend souvent le train et les transports publics et regrette que le gel ne soit pas systématiquement mis à disposition. «J’insiste, dit-il, on doit risquer de s’encoubler sur un flacon partout où l’on se rend. Il doit être posé aussi sur les tables des restaurants, celles des écoles, accessibles aussi partout au travail et dans les commerces.» L’infectiologue juge que le masque c’est bien mais que le gel est essentiel au même titre que la distance physique. «Un virus sur une main peut vivre des heures, il faut le détruire en se lavant. Le masque est visible et rassure. Les gens imaginent qu’ils sont protégés et qu’ils protègent. Mais cela ne marche que s’il y a une bonne hygiène des mains. De plus, nous avons tous la sale manie de nous triturer le masque.»

Il évoque un relâchement depuis juin avec une utilisation en septembre de SHA six fois inférieure à celle du début de l’été. «En juillet, 60% des infections à Genève étaient liées aux activités récréatives. Fort heureusement, les boîtes de nuit ont fermé. Quinze minutes suffisent pour être infecté quand on est par exemple accoudé à un bar mais on attrape le virus en 15 secondes s’il y a des embrassades», relève-t-il.

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Didier Pittet imagine que chaque habitant pourrait être équipé de son kit anti-covid constitué d’un masque et d’un flacon hydroalcoolique. Il fête en ce moment les 15 ans du programme de la Sécurité des patients en lien avec l’OMS. A cette occasion, la task force des HUG a sollicité l’entreprise sociale privée PRO pour distribuer 15 tonnes de solution hydroalcoolique à des entreprises et des institutions à des conditions raisonnables. La vente va en outre permettre la délivrance de flacons à titre gratuit à des associations et des organisations caritatives.


A lire: Vaincre les épidémies, Didier Pittet et Thierry Crouzet, Editions Hugo Doc.