Pour la première fois, un Suisse présidera l'organisme européen des institutions qui soutiennent la recherche scientifique. Le 1er janvier prochain, pour trois ans, Dieter Imboden, président du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) prendra la tête de l'organe faîtier européen, l'EuroHorcs (nom délicat pour «Head of research councils»), qui comprend 40 instances finançant et évaluant les travaux des chercheurs. Un domaine en plein chantier, alors que l'UE s'est dotée de son propre organisme, l'European Research Council (ERC), dont la Suisse est partenaire. Pour Le Temps, Dieter Imboden analyse le paysage européen de la recherche.

Le Temps: Les institutions qui soutiennent la recherche en Europe ont des profils très différents, certaines sont indépendantes, d'autres très proches des ministères... N'est-ce pas source de tensions?

Dieter Imboden: Cela peut constituer une difficulté. En France par exemple, le Centre national de la recherche scientifique attribue des fonds mais possède aussi ses propres structures, ce qui est rare... De manière générale, la dépendance politique des instances qui encouragent la science n'est pas bonne pour la recherche. A travers l'EuroHorcs, nous pouvons donner des signaux, ce qui arrive par exemple actuellement avec la Pologne, dont l'organisation ne possède pas encore assez d'indépendance.

- Quels sont les bons élèves?

- L'organisme hollandais est très efficace, de même que ceux des pays scandinaves, ainsi que l'Allemagne et le Royaume-Uni. J'ajoute que le FNS peut se comparer à ceux-ci.

- Face à la concurrence mondiale, faut-il donner plus de pouvoir à une agence européenne comme l'ERC, et moins aux nations?

- Pas nécessairement. La subsidiarité doit s'appliquer aussi dans le domaine de la science. En soi, il n'est pas grave que les organisations diffèrent d'un pays à l'autre, il faut simplement que les pratiques soient harmonisées. C'est flagrant pour le soutien à la relève scientifique: l'UE s'est engagée sur ce terrain-là parce que des pays, notamment l'Italie, ne le font pas. Mais la relève doit être aidée au niveau national, c'est comme dans le sport: les jeunes débutent dans leur pays avant d'atteindre le niveau de la compétition internationale.

- En 2007, le FNS a répondu favorablement à près de la moitié des demandes de subsides, c'est beaucoup...

- D'abord, les chercheurs suisses sont bien préparés au système, on évite de perdre temps et argent. Ensuite, oui, c'est beaucoup par rapport aux 10 ou 15% de taux d'acceptation des instances fédérales aux Etats-Unis. Mais là-bas, les chercheurs ont de nombreuses sources de financement, ils multiplient les démarches - ce qui augmente d'ailleurs leur travail administratif. En Suisse, hormis quelques fondations privées, le FNS est seul. Notre pratique ne débouche pas sur un système protégé. J'en veux pour preuve la récente attribution de fonds pour chercheurs avancés («advanced grants») de l'ERC, qui a été réalisée pour la première fois sur une base très compétitive. Les résultats viennent d'être dévoilés, ils montrent que la Suisse est en troisième position en chiffres absolus: nos chercheurs ont décroché 26 bourses, après les Anglais (56) et les Français (32). Mais devant l'Allemagne...

- En Suisse, la tendance est à stabiliser les subventions aux universités et aux EPF, et augmenter l'enveloppe du FNS, octroyée sur concours. Est-ce une tendance générale?

- En Europe, on trouve tous les cas de figure. En Grande-Bretagne, l'aide directe aux universités a été supprimée au profit des soutiens compétitifs: c'est trop extrême, les Anglais s'en rendent compte. Un financement de base reste important pour les hautes écoles, il permet aux universités d'initier des projets, d'explorer de nouvelles pistes.

- L'un des problèmes de vos organismes est la bureaucratie. Comment alléger les procédures?

- Il faut les faciliter bien sûr, notamment au niveau de l'UE, où le système est lourd et compliqué. L'Allemagne, l'Autriche et la Suisse font figures de pionnières en introduisant le principe de pilote (leading house) pour chaque projet transnational: si la leading house d'un projet est suisse, le fonds allemand devra payer ses chercheurs sans refaire les évaluations. Nous permettons aussi aux chercheurs subventionnés qui changent de pays de garder les fonds acquis dans le premier pays.