Mondanités

Le difficile business des dîners de gala

Cet automne, c’est la haute saison: ONG et fondations mobilisent leurs donateurs autour de tables chères et de cadeaux choisis. Mais pour certains, le jeu n’en vaut plus la chandelle

Réunir un ou deux millions de francs en une soirée: les dîners de gala restent un moyen privilégié pour mobiliser l’argent dont dépendent les ONG et les fondations charitables.

Le contenu des soirées varie, mais la recette est partout la même: un lieu prestigieux ou assez grand pour héberger jusqu’à 1000 convives; des tables chères; et des enchères où les invités peuvent acheter des lots démontrant leur engagement pour la cause.

A Genève, c’est la pleine saison. Le 12 septembre à l’Arena, le gala de la fondation Cansearch, qui œuvre en faveur des enfants atteints de cancer, a réuni 850 personnes. Parmi les lots, une raquette de Stanislas Wawrinka est partie à 45 000 francs. Au total, 1,2 million de francs nets ont été récoltés.


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Le 16 novembre, ce sera au tour de Human Rights Watch, active dans la promotion des droits de l’homme, de réunir ses donateurs au BFM. L’ONG recrute surtout parmi les entrepreneurs globaux de la finance, de la technologie et des communications, des secteurs qui ont besoin de l’Etat de droit pour se développer, souligne Kenneth Roth, directeur exécutif de l’organisation.

Visite au Taj Mahal

Le défi de ce genre de soirée est de proposer des animations et surtout des lots originaux: plus que des cadeaux, des expériences uniques, celles «que l’argent ne peut pas acheter».

A Genève, ce n’est pas facile d’attirer du monde, car les gens ont beaucoup de choix

Yann Borgstedt, fondation Womanity

Human Rights Watch a ainsi offert à ses mécènes un reportage avec un photographe de guerre au Moyen-Orient. La fondation Children Action, qui aide et soigne des enfants, organise l’un des galas les plus importants de Genève: elle y a proposé une montre Patek Philippe créée pour l’occasion, ou une visite privée du Taj Mahal.

Mais pour certains, l’organisation de tels événements est si lourde qu’elle n’en vaut plus la peine. Yann Borgstedt, dont l’association Womanity en faveur des femmes organise des soirées depuis 2006, renonce à en faire une en 2018.

«C’est trop de boulot! explique-t-il. Pour le gala, c’est moi qui sollicitais les sponsors, qui vendais des tables à des copains, qui allais chercher à Ibiza des artistes pour animer la soirée. Il faut réunir les bonnes personnes dans la salle, qui ont les moyens. A Genève, ce n’est pas facile d’attirer du monde, car les gens ont beaucoup de choix.»

Les bals mondains de la Croix-Rouge

Le plus difficile reste de trouver des lots d’exception: Womanity a proposé à ses donateurs de jouer au basket avec le champion français Tony Parker, de tourner comme figurants dans un film avec Jamel Debbouze ou d’acheter une voiture customisée par le couturier Jean-Claude Jitrois.

Yann Borgstedt, qui compte aujourd’hui des sponsors comme UBS, Julius Baer, Philip Morris ou Trafigura, ne sait pas s’il refera de tels événements un jour. «Je n’ai pas créé une fondation pour faire des soirées de gala», explique-t-il.

A l’inverse, la Croix-Rouge suisse, dont les bals de Genève, Zurich et Saint-Moritz sont réputés plus mondains, ne renoncera pas: «Les galas sont un bon moyen de côtoyer un public cible qu’on ne peut atteindre par d’autres canaux», résume sa porte-parole Sabine Zeilinger.

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