Le 13 janvier dernier, le vice-chancelier Achille Casanova, porte-parole du Conseil fédéral, annonçait qu'il allait remettre son mandat pour fin juillet. Si le statut de porte-parole n'a été précisé que dernièrement, cela fait vingt-quatre ans que ce démocrate-chrétien tessinois s'occupe de la communication du Conseil fédéral. C'est notamment lui qui, chaque mercredi, distille à la presse les décisions de la séance du Conseil fédéral. Ce communicateur occupe donc un poste important dans l'organigramme du pouvoir fédéral. Un poste, apparemment, difficile à repourvoir. Le dossier est absolument verrouillé mais les indices concourent pour laisser penser que cette succession, sur laquelle le Conseil fédéral va prendre une décision mercredi, s'est avérée très compliquée.

Le Conseil fédéral fera son choix en fonction des propositions de la chancelière de la Confédération, la radicale Annemarie Huber-Hotz. Annemarie Huber-Hotz étant l'égérie de la lutte contre les fuites au Palais fédéral – elle mène à ce sujet une véritable croisade –, elle pouvait difficilement prendre le risque d'en être elle-même la victime. Aussi le dossier est-il verrouillé à quadruple tour, super-suspendu, dirait-on à Genève. La chancelière ne formulera sa proposition par écrit au Conseil fédéral qu'à la veille de la séance, de sorte à prendre le moins de risques possible avec la presse dominicale alémanique. Difficile de recueillir des confidences, donc, sur ce dossier, mais voici, par percolation, quelques aperçus sur les questions que pose une succession difficile. Une succession qui a suscité un intérêt certain puisqu'une cinquantaine de candidatures sont parvenues à la Chancellerie fédérale.

Sitôt connue la démission d'Achille Casanova, une candidature a paru s'imposer dans les medias, celle de Livio Zanolari, actuellement porte-parole de Christoph Blocher, après avoir exercé les mêmes fonctions auprès de Ruth Metzler, Micheline Calmy-Rey et Joseph Deiss. Démocrate-chrétien, Grison de la minorité italophone, quadrilingue, homme du sérail connaissant parfaitement les tours et détours de l'administration fédérale, Livio Zanolari paraissait réunir toutes les qualités nécessaires pour le poste, à commencer par son appartenance au PDC. Les démocrates-chrétiens peuvent difficilement imaginer que le poste leur échappe. Ils nourrissent en effet quelques arrière-pensées à son propos. Ayant peu d'espoir de récupérer un jour leur deuxième poste au Conseil fédéral, ils peuvent espérer faire du poste de vice-chancelier un tremplin pour conquérir la Chancellerie, le jour où la radicale Annemarie Huber-Hotz abandonnera la place. Les Tessinois, au moment où ils se sentent oubliés par Berne et où leur langue ne cesse de perdre du terrain dans l'administration fédérale, peinent eux aussi à imaginer que le futur porte-parole du Conseil fédéral ne puisse pas s'exprimer en italien. On trouve un autre italophone, Alessandro Delprete parmi les candidats retenus en priorité par un chasseur de têtes. Sans appartenance politique connue, il est aussi bon connaisseur de l'administration, puisqu'il œuvre actuellement au service d'information du Département fédéral des affaires étrangères, après avoir été porte-parole du parlement.

Les conseillers fédéraux doivent cependant ressentir le besoin de pouvoir s'appuyer sur un homme de leur génération, avec de l'expérience et de la bouteille, une forte personnalité, qui puisse les conseiller efficacement, voir les contredire, en matière d'information. Les deux candidats cités précédemment ne correspondent pas à ce profil. Annemarie Huber-Hotz est allée pêcher ailleurs le candidat qu'elle présentera au Conseil fédéral. Où donc? Certainement pas dans les rangs du Parti radical. Si les démocrates-chrétiens doivent faire leur deuil de ce poste, il leur serait insupportable qu'il aille aux radicaux, qui se retrouveraient alors surreprésentés au Conseil fédéral et à la Chancellerie. L'UDC n'a aucun intérêt à voir l'un des siens assurer la communication d'un gouvernement qu'elle ne cesse de dénigrer. Reste l'hypothèse d'un porte-parole du Conseil fédéral apolitique ou socialiste. Le choix du Conseil fédéral, mercredi, pourrait surprendre.