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«Ce serait une aide publique, mais très indirecte, simple à mettre en œuvre et n’entravant en rien l’indépendance de la presse.» Le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD) déposera ce lundi une motion pour «garantir la distribution matinale des quotidiens par La Poste sans augmentation tarifaire.»

Les journaux sont distribués toujours plus tardivement par La Poste, souvent même après midi, ce qui pousse des lecteurs à résilier leur abonnement, note l’élu. La distribution matinale est assurée par les porteurs de deux filiales de La Poste, Presto et Epsilon, mais pour un surcoût de 10 à 20% facturé aux éditeurs.

Ce surcoût, guère supportable dans le contexte économique actuel, ne doit être supporté ni par les éditeurs ni par les lecteurs, estime Olivier Feller. Pour le conseiller national, la Confédération doit prendre les mesures nécessaires, sur le plan financier s’il le faut, pour que les quotidiens soient livrés au début de la journée sans augmentation tarifaire. Seule une minorité de lecteurs opte aujourd’hui pour un abonnement à la seule version numérique des journaux, note-il encore.

Cette motion est l’une des premières à être déposée au parlement fédéral pour aider la presse. A fin 2015, la socialiste thurgovienne Edith Graf-Litscher préconisait de son côté un soutien public à l’offre en ligne des médias. Rejetée en commission, sa proposition n’a pas encore été traitée en plénum.

Brainstorming au PSV

La gauche soutient les aides indirectes à la presse, relève le socialiste neuchâtelois Jacques-André Maire, tout en rappelant que La Poste bénéficie déjà de subventions pour la distribution des journaux (environ 50 millions de francs par an). Le groupe socialiste tiendra le 7 mars une séance de réflexion, dont devrait sortir un papier de position. Parmi les idées à creuser: une aide à la formation continue des journalistes, «pour faire face à la dégradation de la qualité de l’information à laquelle on assiste», ou un soutien à l’Agence télégraphique suisse (ATS).

Mais le PS réfléchit aussi à une aide directe pour la presse, bien qu’une telle perspective, fermement combattue à droite et par les éditeurs eux-mêmes, soit loin de faire l’unanimité dans ses propres rangs. Jacques-André Maire cite les exemples du Danemark et de la Suède, où la presse reçoit un soutien pour assurer son rôle de service public.

En Suisse, le financement d’un tel fonds pourrait être assuré par une taxe de 1 à 2% sur les recettes publicitaires suisses, permettant de dégager environ 50 millions de francs par an. Pour le PLR vaudois Fathi Derder, le seul chemin envisageable passe par les fonds suisses pour l’innovation, qui seraient déjà disponibles mais n’ont jamais été sollicités. Toute aide servant à maintenir les modèles actuels et non à innover ne serait qu’une aide au suicide, disait-il en substance dans une récente chronique.