On a beau être petit, on a parfois envie de grandes ambitions pour assurer son développement. Avec un plan baptisé «Stratégie 2012», Obwald a décidé de renforcer son attractivité. Son plan séduction a deux volets. Il mise d'abord sur une réforme de son système fiscal et, chose moins habituelle, sur la carte culturelle.

Perdu au beau milieu des paradis fiscaux que sont Nidwald, Zoug et Schwyz, le demi-canton de Suisse centrale a parfois de la difficulté à exister. Même s'il a l'honneur de posséder le centre exact de la Suisse, sur la commune de Sachseln, et de compter Nicolas de Fluë parmi ses enfants, il peine à définir sa place à proximité des centres culturels et économiques de Lucerne et Zurich. Pourtant, le canton veut croire que sa tradition de jodels et ses chapelles, au pied du Titlis et du Pilate, peuvent lui assurer une résonance loin à la ronde. Et que, malgré ou grâce à ses dimensions restreintes – 33 000 habitants – il fait bon s'arrêter, voire s'installer sur ses rives du lac des Quatre-Cantons.

Téméraire, le gouvernement a fait appel à Martin Heller, ex-directeur artistique de l'Expo.02, et à Martin Hess, ancien manager de Stephan Eicher, pour mettre sur pied un projet d'intérêt national dès l'été 2006. Un premier crédit de 40 000 francs, assuré par les fonds de loterie, est disponible. Martin Heller, qui s'active également à transformer la ville allemande de Brême en «Capitale européenne de la culture en 2010», a présenté jeudi à Sarnen, au milieu des portraits des landammanns, une première version de son projet. Chaque année, un festival s'articulera autour d'un élément de la culture locale, la musique populaire par exemple. Pour l'événement, un canton et une région étrangère seront invités durant trois jours à partager leurs richesses culturelles. L'«entrepreneur culturel» Martin Heller – ainsi qu'il se définit lui-même – a dit sa satisfaction mêlée d'étonnement «qu'un gouvernement considère la culture comme moyen de développement et dépense pour elle de l'énergie. Mais c'est d'autant plus stimulant.»

Ce demi-canton à majorité politique démocrate-chrétienne voit là une façon de soigner son image, de travailler avec ses potentialités. «Nous voulons faire parler de nous de manière indépendante», soutient le conseiller d'Etat Hans Hofer, en charge de la culture. La concurrence existe et si les collaborations intercantonales tendent à se mettre en place, notamment dans le domaine hospitalier et la formation, c'est encore avec prudence. Dans cette région foncièrement catholique (88%), la paysannerie occupe encore près de 15% de la population et le niveau de revenu par habitant est inférieur à la moyenne suisse. L'autonomie y est une valeur de première qualité, mais les revers ne manquent pas. L'armée a récemment annoncé sa volonté de fermer son centre d'aviation d'Alpnach et son arsenal de Sarnen, supprimant ainsi 200 emplois selon la chancellerie cantonale. Si Obwald fait partie des six cantons présentant des comptes 2004 positifs, cela est dû notamment à l'importance de ses impôts. Dans le classement des cantons selon leur charge fiscale, Obwald ferme la marche en 2003. Or Zoug, Schwyz et Nidwald se réservent respectivement la première, deuxième et quatrième places. C'est justement pour sortir de la réputation d'enfer fiscal qui lui colle à la peau, qu'une réforme des impôts est en cours. Mais il y a du chemin à faire.

Auprès de l'administration obwaldienne, on souligne avec vigueur qu'au niveau de la fiscalité des personnes morales, le classement du canton est nettement plus favorable. Par ailleurs, une faible imposition est réservée aux hauts revenus. Dans une récente édition de Cash, le canton d'Obwald se retrouvait au quatrième rang des hôtes de millionnaires, avec 1112 fortunes, soit un peu moins de 6% de celles installées en Suisse. Avec le projet de réforme de la promotion économique d'Obwald, plutôt bien reçu par le gouvernement, il s'agirait de baisser de 5% les charges pesant sur les revenus inférieurs à 50 000 francs. Le taux d'impôt sur le revenu des sociétés descendrait à 6,6%. «Mieux qu'à Zoug», souligne-t-on au Département des finances. Le dernier mot reviendra au peuple en novembre. Plus de dix ans après l'album «Engelberg» que Stephan Eicher avait enregistré dans la commune du même nom, Obwald veut semble-t-il briser le silence autour de lui. Même si, comme tient à le rappeler le député PDC Josef Zumstein, ce silence fait aussi partie de la tradition régionale.