Justice

Diplomate suisse empêché de voir un détenu au Maroc

Labbas Sbaï n’a pas pu recevoir la visite d’un membre de l’ambassade de Suisse

Détenu dans la section carcérale de l’hôpital de Ouarzazate, au Maroc, Labbas Sbaï, citoyen suisse et marocain, avait enfin de quoi se réjouir: un membre de l’ambassade de Suisse allait se rendre à son chevet. Mais il a vite dû déchanter: la direction de la prison s’est opposée à cette visite, initialement prévue vendredi dernier, a appris Le Temps. Contacté, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) préfère se retrancher derrière une formule sibylline: «Pour des raisons de protection des données et des personnes, nous ne pouvons divulguer davantage d’informations sur la procédure en cours», souligne un porte-parole.

L’affaire est délicate (LT du 19.07.2010). Et les autorités marocaines semblent peu goûter au fait qu’elle ait été médiatisée à l’étranger. Amnesty International a aussi commencé à s’intéresser au sort du binational. Elle vient d’adresser une lettre au ministre de la Justice marocain.

Le détenu a travaillé durant de longues années comme chirurgien en Suisse avant de rentrer au Maroc, en 1996, pour développer une structure hôtelière à M’hamid, une oasis du Sahara marocain. Son calvaire débute en février 2006, lorsqu’il est condamné à 6 mois de prison pour outrage à magistrat et désordre dans un lieu public. Son tort: avoir profité du procès d’un de ses employés pour accuser des notables de sa région, dont le procureur de la province de Zagora, d’avoir protégé des trafiquants de chameaux, de cigarettes et de drogue, qui sévissent à la frontière algéro-marocaine.

Le piège des deux nationalités

Sa condamnation a provoqué une forte mobilisation dans sa région. En Suisse aussi. Après appel, sa peine est réduite de moitié. Puis il est libéré le 10 mars 2006, dans des circonstances peu claires. Les ennuis réapparaissent le 11 juin dernier: Labbas Sbaï est arrêté alors qu’il se trouvait dans un hôtel de Casablanca. Plus de quatre ans après les faits, on lui reproche de ne pas avoir signé une demande en grâce au roi; il est du coup renvoyé en prison pour purger le solde de sa peine. Sa famille crie au scandale. Labbas Sbaï entame une grève de la faim. Le DFAE réagit, tout en précisant, dans une lettre à ses proches, que la protection consulaire est difficile à octroyer quand les intéressés sont des binationaux et que la nationalité du pays de détention est considérée comme prépondérante. Voilà qui explique les difficultés des autorités suisses à rencontrer Labbas Sbaï sur place.

Ali Sbaï, qui vit à Genève, est dépité, mais il n’abandonne pas le combat. Son frère attendait beaucoup de la visite du consul, dit-il. «Son moral a chuté. Mais il a au moins reçu plusieurs appels du consul, qui l’a assuré du soutien de la Suisse», ajoute-t-il. Mercredi dernier, Ali Sbaï a pu parler de son frère à des officiels marocains, dont le président du parlement, rencontrés au Palais des Nations. L’ambiance était tendue, raconte-t-il.

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