Alors qu’au Maroc, en Inde ou encore en Chine, des diplomates libyens démissionnent en réaction à la répression sanglante en cours dans leur pays, en Suisse, ils se taisent. «Ils ont pour consigne de ne rien dire, de ne donner aucune information», souligne une femme lorsqu’on appelle la Mission libyenne auprès des organisations internationales à Genève. Impossible d’en savoir davantage. La mission a d’ailleurs été vandalisée dans la nuit de lundi à mardi. Bilan: une vitre cassée et un interphone arraché. Scénario quasi identique à l’ambassade à Berne. On nous demande, un soupir dans la voix, de rappeler plus tard; mais, «plus tard», plus personne ne décroche le téléphone. La Libye n’a plus d’ambassadeur en Suisse depuis de longs mois. Selon les listes officielles, cinq «conseillers» et une «troisième secrétaire» travaillent à Berne.

«Couper la tête du serpent»

Ailleurs, les réactions sont plus vives. Lundi et mardi, plusieurs diplomates ont démissionné ou fait défection au régime de Mouammar Kadhafi pour marquer leur opposition à la répression en cours, comme l’ont fait également des ministres et des militaires. Des appels en faveur d’une zone d’exclusion aérienne et d’une action humanitaire ont été lancés.

A New York, des membres de l’équipe diplomatique, emmenée par l’ambassadeur adjoint à l’ONU Ibrahim Dabbashi, ont appelé, lors d’une conférence de presse, l’armée libyenne à «couper la tête du serpent», un «tyran» qu’ils accusent de «génocide». L’ambassadeur à Washington a lui aussi appelé au départ de Kadhafi, refusant de servir une «dictature». Les ambassadeurs en poste en Inde et au Bangladesh ont, eux, donné leur démission. De même qu’un diplomate travaillant dans le service de presse de l’ambassade de Libye à Rabat. En Australie, l’ambassadeur se serait aussi désolidarisé de Kadhafi. Le personnel de l’ambassade de Malaisie a, de son côté, condamné le «massacre» perpétré contre des civils et retiré son soutien au chef de l’Etat. En Chine, un membre de l’ambassade a démissionné, appelant ses collègues à le suivre. En France, les ambassadeurs à Paris et auprès de l’Unesco ont de leur côté appelé «à l’arrêt de la terreur», mais annoncé qu’ils restaient à leur poste «pour servir le peuple libyen».

Certaines de ces déclarations sont intervenues alors que des rumeurs disaient Mouammar Kadhafi parti au Venezuela, ce qui a été démenti par la suite. D’autres suivront, au fur et à mesure que le leader faiblira.