Berne a vécu jeudi à l'heure de New-York. Deux heures avant l'ouverture de la réunion sur la levée ou non des mesures de rétorsion envisagées contre la Suisse, la chancellerie fédérale a rendu publique une déclaration conjointe des gouvernements suisse et américain dénonçant toute tentative de boycott des deux côtés de l'Atlantique. Plus que son contenu, c'est la nature de ce manifeste qui surprend. Il est exceptionnel que deux Etats publient ensemble une déclaration. Officiellement, ce sont les Etats-Unis qui en ont pris l'initiative mercredi matin. Mais cette contre-offensive politique dans la guerre économique brandie entre les deux pays semble avoir été minutieusement préparée.

Washington affiche depuis le début de la crise des fonds juifs son hostilité aux menaces de boycott contre les banques suisses, jugées «injustifiées» et «contreproductives».. Mais pour arriver à une prise de position commune, il fallait tout d'abord que le ton monte en Suisse aussi. Les groupes parlementaires libéraux et radicaux s'en sont chargés la semaine dernière à Berne. Pour la première fois, des mesures de retorsion contre les Etats-Unis ont été évoquées. Peu crédible du point de vue économique, cette agitation politique a «contribué à la rédaction de la déclaration», a confirmé jeudi le vice-chancelier de la Confédération Achile Casanova. De source parlementaire, on indique que le chef de la task-force Thomas Borer n'est pas étranger au coup de gueule des députés bourgeois. Lors de contacts informels, il ne les a en tout cas pas découragé de montrer les dents. Avant que leurs interventions ne soient déposées, le 19 mars dernier, Thomas Borer, qui se trouvait déjà à New-York, a d'ailleurs fait monter la pression, laissant entendre qu'un contre-boycott «pourrait» se préparer en Suisse.

Si l'appel à des mesures de rétorsion a d'abord fait l'effet d'un pétard mouillé auprès des milieux bancaires et économiques, il a visiblement servi d'arme diplomatique à la Suisse. Aux côtés du gouvernement américain, le Conseil fédéral peut ainsi affiché une preuve supplémentaire de sa bonne volonté en priant instamment «tous les groupes concernés des deux côtés de l'Atlantique de collaborer dans un esprit de coopération et de modération». Sans préjuger de son impact sur le résultat des pourparlers en cours à New-York, le manifeste américano-suisse a été accueilli positivement dans les milieux bancaires et politiques.