Vaud

Le directeur adjoint du CHUV menacé par un corbeau

Le CHUV a porté plainte après avoir reçu des courriers s’en prenant avec virulence à Oliver Peters, numéro deux de l’hôpital universitaire. La direction de l’établissement s'explique sur cette «première».

«Face à l’escalade des menaces, nous étions dans l’obligation de réagir», introduit Oliver Peters, le directeur général adjoint du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Depuis plusieurs mois, l’établissement reçoit des courriers électroniques et sur papier, qui visent à discréditer son organisation et son modèle de gouvernance. «C’est un groupe de personnes qui semble bien organisé et qui agit avec un parfait timing», suppose-t-il en répondant aux questions du Temps. En effet, le premier mail a été envoyé aux députés du Grand Conseil le 7 décembre, un jour avant que la Commission de la santé ne traite le plan stratégique du CHUV.

«Collectif SOS Hôpital»

Ce mail, signé d’un anonyme «collectif SOS Hôpital», prétend que l’établissement ne remplace pas des postes indispensables, impose des délais de carence de 3 à 6 mois avant d’en repourvoir d’autres et souffre de taux d’absentéisme ou de rotation du personnel importants. Pour ces raisons, il conjure les députés de ne pas valider le plan 2019-2023. Sur les conseils de Pierre-Yves Maillard, à la tête du Département de la santé et de l’action sociale depuis 2004, une «réponse point par point» a été envoyée aux destinataires de ce message ainsi qu’à son expéditeur. Ainsi, le CHUV rappelle que le délai de carence ne concerne pas les fonctions soignantes, que le taux d’absences maladie n’est pas supérieur à ce que l’on voit dans l’économie suisse et que le taux de rotation du personnel (environ 11%) est stable depuis 2012.

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«Au début, on gérait cette histoire à l’interne. Mais en l’espace de quelques mois, c’est devenu personnel, puis public», affirme Pierre-François Leyvraz, directeur général du CHUV. Oliver Peters a reçu un mail de la même source, l’invitant à «quitter sagement le CHUV» d’ici à fin mars. «Si cela ne suffit pas, nous n’hésiterons pas (plus) à déployer d’autres moyens», ajoute le mystérieux SOS Hôpital, qui qualifie le destinataire de «personnage toxique». Le 1er avril, le directeur adjoint reçoit un nouveau message, vide, avec pour objet: «Phase 2 déclenchée». C’est ce qui pousse l’intéressé et son établissement à porter plainte, pour tentative de violence ou de menace contre les autorités et les fonctionnaires, subsidiairement de contrainte. «C’est comme si on avait un pistolet sur la tempe», image Pierre-François Leyvraz. «J’ai été menacé personnellement. Il est donc normal que je réagisse avec les outils judiciaires qui sont à ma disposition», ajoute son adjoint.

Enfin, le 2 avril, un nouveau courrier arrive, ainsi qu’aux rédactions de Suisse romande (Le Temps en a fait état), présentant, après le suicide d’un patient, le CHUV comme un établissement dont la sécurité laisse à désirer.

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«Nous ne savons pas s’il s’agit de la même source», admet Oliver Peters. Mais pour la direction de l’établissement, il s’agit d’une campagne orchestrée, comme elle dit n’en avoir jamais connu. La direction n’exclut pas la possibilité que des membres du personnel fassent partie de ce collectif. «Nous avons 11 000 collaborateurs, sans compter nos ex-collaborateurs. Et certains d’entre eux sont partis de notre établissement mécontents. Mais ce ne sont que des suppositions», affirme le directeur général.

Ces messages sont envoyés dans un contexte politique particulier: la bataille engagée par la droite pour que le statut du CHUV soit révisé. «Nous sommes un service de l’Etat et certains députés ont une idée différente pour la gouvernance du CHUV. C’est un débat démocratique, ouvert et transparent. Ce qui n’est pas le cas de ces messages, qui pointent des choses fausses, voire diffamatoires», ajoute-t-il.

Influent au sein du CHUV

Pourquoi Oliver Peters est-il pris pour cible? «Il sera le trait d'union entre l'ancienne direction et la nouvelle, après mon départ et celui du conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard (qui sera remplacé début mai par Rebecca Ruiz, ndlr), répond Pierre-François Leyvraz. Et c'est tant mieux, car il faut poursuivre nos efforts et mettre en oeuvre le plan stratégique 2019-2023.»

Oliver Peters était considéré comme papable pour la direction générale du CHUV après le départ à la retraite de son actuel patron. Mais le Conseil d’Etat a nommé un médecin, Philippe Eckert. 

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Cet article a été corrigé le 12 avril 2019 à 19h00. Dans une précédente version, une citation était erronée.

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