Pascal Couchepin entretient notoirement une relation privilégiée avec le directeur du Groupe Mutuel, Pierre-Marcel Revaz. Le conglomérat était déjà l'un des principaux employeurs de Martigny à l'époque où le conseiller fédéral en était le syndic. Le ministre de la Santé avait siégé en son temps dans divers organes du Groupe Mutuel. Parmi les assureurs maladie, cette connivence commence à faire jaser à la lumière de certaines décisions prises par Pascal Couchepin depuis son arrivée à l'Intérieur. C'est moins sa position – assez logique du point de vue de sa sensibilité politique – sur la question des conglomérats (lire ci-dessus/ci-contre) qui alimente les discussions que la modification d'ordonnance à laquelle il a procédé ce printemps. «Que le principal profiteur en soit le Groupe Mutuel est sûrement un hasard», lâche en riant Christian Beusch d'Helsana.

Deux points sont en particulier en cause:

– La réduction des rabais de primes maximum sur les franchises élevées est une vieille revendication de Pierre-Marcel Revaz. Elle avantagera les caisses – dont celles du Groupe Mutuel font partie – qui n'exploitaient pas à fond jusqu'ici les possibilités légales. Pascal Couchepin a justifié ce changement par l'«irrationnalité des rabais actuels d'un point de vue actuariel», qui avantagerait systématiquement les gens qui peuvent se permettre de prendre des franchises élevées.

– L'abaissement des taux minimum de réserves exigés des caisses de moins de 50 000 assurés permettra aux caisses concernées – dont dix du Groupe Mutuel – d'atténuer la hausse de leurs primes. Principal bénéficiaire de cette mesure, le Groupe Mutuel profite d'un ballon d'oxygène qui – en 2001 (derniers chiffres connus) – aurait représenté environ 1,4% de ses primes encaissées. L'OFAS justifie cette mesure par le fait que les taux actuels constitueraient une distorsion de concurrence au détriment des petites caisses.

Porte-parole du Département de l'intérieur, Jean-Marc Crevoisier dit qu'«il est clair que Pascal Couchepin et Pierre-Marcel Revaz ont une relation particulière». Toutefois, «ce serait bien mal connaître Pascal Couchepin que de penser que celle-ci puisse influencer ses décisions». «Pierre-Marcel Revaz n'a pas d'antichambre réservée au Département. Pascal Couchepin parle de temps en temps avec lui, comme il le fait avec tous les acteurs du système de santé», précise Jean-Marc Crevoisier.