«Je savais que je n'irais pas au-delà d'un deuxième mandat.» Robert Cuénod, directeur général de l'Hospice général de Genève depuis 1998, quittera même ses fonctions avant la fin 2004, terme de sa seconde législature qu'il avait déjà avancé d'une année. Confronté à des crises à répétition (Le Temps du 17 juin) et à des ressources humaines défaillantes, contesté à l'interne pour son manque de décision, accusé d'être responsable de l'inertie de l'institution, taxé de mauvais gestionnaire, le patron de l'Hospice n'a pas laissé passer l'occasion de retrouver une certaine sérénité alors qu'il fait l'objet de fortes pressions de la part d'un personnel désorienté comme d'un Département cantonal de l'action sociale et de la santé (DASS) qui cherche à faire avancer les réformes.

«Pas une surprise»

C'est mardi que le Conseil d'Etat genevois a indiqué qu'il avait nommé le patron de l'établissement public autonome «délégué à l'intégration des étrangers» à compter du 1er octobre prochain. Claude Convers, secrétaire général du Département de l'intérieur, de l'agriculture et de l'environnement (DIAE), auquel est rattaché le jeune Bureau de l'intégration, ne cache pas sa satisfaction d'avoir trouvé un successeur à Heidy Huber, partie dans la tourmente en avril dernier: «Sur les 80 candidatures que nous avons reçues, Monsieur Cuénod répondait à trois critères principaux: une personnalité très affirmée, une excellente connaissance de l'administration ainsi que du contexte professionnel et social de Genève.» Et de définir les tâches qui attendent le futur patron de l'office inauguré en septembre 2001: «Lancer et finaliser des relations sur le terrain, avec les associations et les administrations, en particulier mettre sur pied le «guichet de l'intégration» auquel tous les étrangers peuvent s'adresser pour être conseillés dans leurs démarches.»

Du côté de l'Hospice général, le départ de Robert Cuénod qu'implique sa nomination au DIAE n'est pas une surprise. «Sur le fond, de nombreux collaborateurs pensaient qu'il n'était plus à sa place et s'attendaient à ce que le chef du DASS, Pierre-François Unger, se sépare de lui», remarque une employée. Si des cadres de l'institution imaginent «qu'il ait pu y avoir sinon des pressions, du moins une volonté du patron du département à voir changer les choses», le sentiment dominant est plutôt que Robert Cuénod «a profité de l'opportunité de trouver un poste qui lui convenait à merveille pour ne plus se retrouver sans cesse entre le marteau et l'enclume», selon l'expression d'un membre du conseil d'administration.

Qui dès lors, dans les conditions difficiles que vit l'Hospice général, sera à même de redonner confiance à ses quelque 900 employés et apte à gérer efficacement un budget annuel de plus de 250 millions de francs? Claude Torracinta, président du conseil d'administration, indique que le profil du directeur général idéal sera défini courant juillet, avant d'être nommé par le conseil d'administration puis soumis à l'avis du Conseil d'Etat. Quant à Pierre-François Unger, sans occulter les nombreuses qualités qu'il reconnaît à Robert Cuénod, il souhaite que la désignation soit rapide: «Le départ de Monsieur Cuénod va forcer à accélérer un certain nombre de dossiers comme les projets de loi sur les prestations sociales ou l'assistance publique, l'intégration du personnel des centres d'action sociale et de santé et le pilotage de l'informatique sociale.» L'informatique de l'Hospice général, avec ses dysfonctionnements incessants, a aussi sans doute grandement contribué au départ du directeur général vers d'autres horizons.