«C'est le plus magnifique autogoal jamais mis par la fonction publique!» Jailli mercredi après-midi des rangs de l'assemblée extraordinaire des directeurs vaudois d'EMS, ce sévère jugement résume leur irritation. Au lendemain des explications de l'Etat sur l'application de la décision du Conseil fédéral lui interdisant de mettre certains frais à la charge des résidents (Le Temps du 27 février), un ras-le-bol s'est manifesté au sein d'une corporation pas mécontente de dire aussi son amertume, après avoir été au cœur des critiques ces derniers mois.

Pour le responsable d'une importante fondation lausannoise, la décision fédérale était prévisible: «Il était possible de mettre en place un scénario de rechange.» Au lieu de cela, le canton s'est obstiné à croire qu'il pouvait avoir gain de cause: «Le résultat, c'est qu'à la fin du mois de février nous ne connaissons pas encore les tarifs 2001 et que nous sommes dans l'impossibilité de renseigner les familles. Déjà désastreuse, l'image de la profession en prend encore un coup.» Pour certains petits établissements, les conséquences sont plus graves. Empêchés – vu les incertitudes de financement – d'encaisser un montant de 35 francs par jour auprès de leurs résidents, ils arrivent au bout de leurs lignes de crédit, et avouent d'importantes difficultés de trésorerie. Le sentiment de payer l'entêtement de l'Etat domine chez les directeurs.

Face à eux, Michel Surbeck, chef du Service des assurances sociales, a expliqué qu'un crédit-relais de dix millions était soumis à la commission des finances du Grand Conseil. Mais pour démêler rétrospectivement l'écheveau des financements, d'autres coûts s'annoncent. La caisse AVS cantonale devra ainsi retraiter en six mois plus de 15 000 dossiers, et engager dans ce but une dizaine de personnes.