L'UDC soutiendra le référendum contre la reconduction de la libre circulation des personnes et son extension à la Bulgarie et à la Roumanie. Ce n'est encore qu'une proposition de la direction du parti, mais il ne fait pas de doute que l'assemblée des délégués y souscrira à une large majorité, le 29 novembre prochain.

Le président de l'UDC, Toni Brunner, a annoncé cette décision mercredi en début de journée sur les ondes de la radio alémanique et elle a été officialisée dans la matinée par un communiqué. Le parti y dénonce le fait que le Conseil fédéral n'ait pas décidé, en mai dernier, d'actionner les dispositions d'urgence lui permettant de limiter le nombre d'entrées en Suisse, en l'occurrence celles des ressortissants allemands. Cinq mois plus tard, la menace d'une récession globale montre combien un contingentement aurait été utile, affirme l'UDC, qui prédit que les chômeurs allemands vont s'incruster en Suisse, et annonce un afflux en provenance de Bulgarie et de Roumanie.

Un vent de révolte

En fonction des épisodes précédents, la direction du parti n'avait guère le choix, même si ce nouveau changement de cap accentue encore le caractère erratique de sa politique depuis le départ de Christoph Blocher du Conseil fédéral. Après avoir annoncé le référendum, le Zurichois avait en effet fait volte-face et converti la direction du parti à l'abstention. Ce retournement avait suscité une profonde incompréhension auprès de la base et le tribun zurichois avait dû batailler ferme, le 5 juillet dernier à Brigue, pour imposer sa décision devant l'assemblée des délégués.

Cette controverse avait donné lieu à une première contestation de l'autorité et de la clairvoyance jusqu'alors jamais remises en cause de celui qui demeurait et qui demeure de facto, en dépit des revers, le chef du parti. Suivis ultérieurement par plusieurs sections cantonales, les jeunes UDC avaient ouvertement pris le contre-pied de la direction et entamé la récolte de signatures pour un référendum qui allait aboutir de justesse.

A la rentrée, Christoph Blocher voyait une nouvelle fois son autorité contestée, mais cette fois-ci par une autre aile du parti, qui refusait de le désigner comme candidat au Conseil fédéral, en cas de démission de Samuel Schmid. C'est en fait un véritable vent de révolte qui s'est levé ce jour-là au sein du groupe parlementaire de l'UDC, contre l'autorité de Blocher et de sa camarilla zurichoise. Ainsi contesté par l'aile économique et institutionnelle, le leader bousculé n'avait pas d'autre choix que de se replier sur une base populiste qui ne rêve que d'en découdre avec l'Europe et avec l'establishment.

La décision de la direction de l'UDC n'a donc pas surpris les autres partis, qui ont réagi en mettant le doigt sur les difficultés auxquelles vont s'exposer Christoph Blocher et ses amis. L'UDC est toujours moins le parti de l'économie, attaque le PDC, en mettant en parallèle la mise en danger de la voie bilatérale et la fragilisation de milliers d'emplois résultant du refus du programme d'armement. Mettre en danger la voie bilatérale alors que l'économie suisse gagne un franc sur trois à travers le commerce avec l'UE, c'est mettre en danger les emplois en Suisse, souligne de son côté le Parti libéral-radical.

Réflexe inopérant

Début 2008, en pleine controverse sur l'opportunité de lier la reconduction et l'extension de la libre circulation, l'UDC laissait entendre qu'elle allait instrumentaliser le problème des Roms, alors d'actualité en Italie notamment, et qu'une éventuelle récession pourrait apporter de l'eau à son moulin. En la matière, ses vœux ont non seulement été exaucés, mais largement dépassés. Si un ralentissement économique «classique» permet d'actionner le réflexe habituel de la baisse des salaires et de la hausse du nombre de chômeurs européens à la charge de la Suisse, la crise mondiale devrait actionner d'autres ressorts, à commencer par la peur d'un conflit avec notre principal partenaire économique, dans des circonstances aussi critiques.

Ces perspectives ne devraient pas améliorer non plus les relations entre la direction blochérienne et l'aile économique de l'UDC, qui commence à penser à l'après-Blocher, notamment à propos du financement du parti. Fâchée par la réunion de la reconduction de l'extension de la libre circulation en un seul objet, elle avait prévu de ne pas s'exprimer en cas de référendum. Dans le contexte actuel, elle aura plus de peine à garder le silence.