Le conseiller national lucernois Georges Theiler a renoncé à briguer la succession de Gerold Bührer à la présidence du Parti radical suisse (PRD). Il en a informé lundi la présidente par interim, la Vaudoise Christiane Langenberger. Les critères invoqués pour justifier ce renoncement sont exemplaires et pourraient être repris par d'autres candidats potentiels. Cadre dans l'entreprise de construction Batigroup, siégeant dans plusieurs conseils d'administration – notamment celui de Wincare, la caisse maladie de la Winterthur –, Georges Theiler estime ne pas pouvoir concilier sa charge professionnelle avec les exigences d'une présidence, en année électorale de surcroît.

Depuis que Hans-Rudolf Merz a préféré se retirer de la course après les vives attaques qu'il avait essuyées dans les médias, Georges Theiler demeurait, sans avoir déclaré formellement sa candidature, le seul à avoir manifesté un réel intérêt pour la présidence du parti. Maintenant qu'il a renoncé, le comité de sélection constitué à la direction du parti doit entamer un travail de prospection dans une sorte de désert. Le petit jeu très populaire qui consiste à chercher les «papables» dès que s'ouvre une succession dans la Berne fédérale tourne très rapidement court. «Nous aimerions bien, déclare le secrétaire général, Guido Schommer, arriver le 11 janvier prochain devant l'assemblée des délégués avec deux ou trois candidats crédibles.» Pour le moment, on n'en voit pas l'ombre d'un seul. On ne voit pas s'amorcer non plus de débat sur les options stratégiques dont pourraient débattre les radicaux.

Crise des vocations

Après avoir vainement tenté d'imposer la candidature de Hans-Rudolf Merz, considéré comme l'homme providentiel, dans la foulée de la démission de Gerold Bührer, la direction du parti avait encore Georges Theiler dans sa manche. Son candidat providentiel de réserve lui ayant à son tour claqué dans les mains, elle se garde bien désormais d'investir une nouvelle personne de cette éphémère responsabilité. Fritz Schiesser, conseiller aux Etats glaronais, aurait l'étoffe d'un président mais son nom n'est prononcé qu'avec un accent de regret, comme s'il fallait y renoncer avant même d'y avoir pensé sérieusement. Pour autant qu'il ait surmonté des ennuis de santé, Fritz Schiesser est très mal à l'aise avec les médias et aurait horreur d'Arena. Pour un président de parti, en année électorale, c'est un très lourd handicap. Devant la crise des vocations qui s'annonce, les radicaux en sont à évoquer des solutions qu'ils auraient écartées d'un revers de main il y a dix jours.

C'est peut-être parce qu'il flaire le danger que le conseiller national uranais Franz Steinegger multiplie les déclarations pour dire qu'il n'est pas disposé à rependre le collier. Ce serait en effet une ultime solution que d'avoir encore une fois recours à «Katastrophen Franz», même si, admet-on à la direction du parti, cela mettrait très fâcheusement en lumière l'absence de personnalités à la hauteur dans ses rangs. Si le nom de la conseillère nationale zurichoise Trix Heberlein est encore évoqué, c'est avec la plus extrême prudence. Il en va de même de l'idée de prolonger jusqu'aux élections de 2003 l'interim de Christiane Langenberger.

C'est donc une mission particulièrement déprimante qui incombe au comité de sélection, lequel recherche très activement un candidat dans tous les azimuts, à commencer par les partis cantonaux. Mais comme sœur Anne, confie un initié, il ne voit rien venir. Peut-être cette désespérance suscitera-t-elle un sursaut du parti piqué au vif, peut-être les radicaux finiront-ils par se féliciter, au soir des élections fédérales d'octobre 2002, d'une crise qui leur aurait permis de se ressaisir. C'est en tout cas une hypothèse optimiste que formule le conseiller fédéral Pascal Couchepin. A la base, les mines demeurent pour l'instant plutôt sombres et les projections ne vont pas beaucoup plus loin que la prochaine assemblée des délégués.