C'est un succès pour la direction du PS et son président Christian Levrat. Les propositions du comité directeur visant à renouveler en profondeur les thèses socialistes sur la sécurité publique ont passé haut la main l'épreuve du congrès, samedi et dimanche à Aarau.

Le PS s'est trop longtemps contenté de laisser le champ libre à l'UDC et à son discours sécuritaire simpliste, ont plaidé les dirigeants socialistes ce week-end. Sur cette question sensible pour le parti et sa tradition anti-répressive, les socialistes doivent combler une lacune dans leur programme et gagner en cohérence, a souligné la vice-présidente Jacqueline Fehr. Car ce sont les couches défavorisées de la société ainsi que les classes moyennes qui ont le plus à souffrir de l'insécurité au quotidien, a noté la conseillère nationale bernoise Evi Allemann, qui a présidé la commission interne chargée d'élaborer les propositions.

Amendements balayés

Un changement de cap, voire une rupture qui n'allait pas de soi et qui a suscité un intense débat au sein du parti ces derniers mois. La version initiale a été suffisamment remaniée pour qu'une proposition de renvoi du conseiller d'Etat genevois Laurent Moutinot soit retirée. Mais le congrès n'a pas voulu aller plus loin et édulcorer davantage la voie tracée par la direction du parti. Le noyau dur de ses propositions est ressorti intact des cinq heures de débat nécessaires, dimanche, à l'examen de détail des nouvelles thèses. Sur les points les plus controversés, la quasi-totalité des amendements défendus notamment par des voix genevoises, vaudoises et neuchâteloises, ainsi que par la Jeunesse socialiste, ont été balayés.

«C'est là où l'UDC a fait électoralement les plus gros dégâts que les propositions de la direction passent le mieux», regrettait le conseiller national genevois Carlo Sommaruga en marge des discussions. «C'est dommage, parce que c'est justement maintenant que l'UDC donne des signes de faiblesse. Et l'expérience ailleurs en Europe montre que ce n'est pas avec des thèmes sécuritaires que la gauche peut gagner.»

Une telle remise à plat ne pouvait espérer convaincre tout le monde. La criminalité commise par des étrangers, notamment, reste un tabou. C'est sur ce chapitre que portait l'un des rares amendements à avoir été accepté. Le langage a été retravaillé mais rien n'a été changé sur le fond.

Au nom du réalisme politique et en prévision de la campagne sur l'initiative de l'UDC en faveur du renvoi des délinquants étrangers, le PS renonce ainsi à une revendication symbolique, celle de l'abolition de la «double peine» des criminels étrangers. Le document adopté approuve l'expulsion des délinquants étrangers condamnés à une longue peine, pour autant que le principe de proportionnalité soit respecté. La même mesure doit être appliquée aux étrangers qui entrent en Suisse dans le seul but d'y commettre un délit, même mineur.

Pour la vidéosurveillance

Une nette majorité du congrès a également approuvé les mesures contre la mendicité organisée. «Est-ce que la pauvreté est un crime dont il faut punir les pauvres?», s'est emportée la délégation genevoise. Il ne s'agit nullement de réprimer ceux qui mendient, a répondu Jacqueline Fehr, mais ceux qui en profitent, en particulier ceux qui exploitent des enfants. Le recours ciblé et dûment encadré à la vidéosurveillance a également trouvé grâce devant la majorité.

Seules, bien sûr, les mesures les plus controversées ont été débattues. De l'opposition totale à la privatisation de la sécurité jusqu'à la nécessité de renforcer les moyens de la lutte contre la criminalité en col blanc, les propositions du comité directeur n'en contiennent pas moins une foule de revendications qui ne marquent pas la même rupture dans l'argumentaire socialiste et qui sont de ce fait passées à l'arrière-plan.

Au final, espère la direction du PS, ces nouvelles thèses devraient permettre au parti de surmonter les contradictions qui lui étaient souvent reprochées sur le terrain.