Le président des libéraux-radicaux valaisans, Georges Tavernier, parle d’un «plébiscite» et s’avoue «surpris» de l’accueil triomphal réservé jeudi au candidat Christian Varone. A Conthey, le chef de la police cantonale est sorti vainqueur au premier tour de la primaire pour l’élection au Conseil d’Etat de 2013, avec 1338 suffrages contre respectivement 468 et 355 pour Marc-André Berclaz et Lise Delaloye. L’affaire de la pierre trouvée dans ses bagages, et pour laquelle le Valaisan est attendu devant la justice turque le 25 septembre, n’a en rien nui à sa cote à l’applaudimètre. Pourtant, ni Christian Varone ni la présidence du parti n’explicitent la position qui sera la leur en cas de condamnation pénale. «Nous prendrons les décisions politiques qui s’imposeront dans l’intérêt du parti.»

Quoi qu’il en soit, ce choix ne s’est pas fait sans heurts. Intervenu en début d’assemblée, Pascal Couchepin, soutenu par de vieux loups du parti tels que Bernard Comby, a qualifié d’«insuffisantes» les déclarations du candidat. Sa position n’a pas convaincu. Au lendemain de ce suffrage, l’ancien conseiller fédéral la défend.

Le Temps: Etes-vous déçu? C’est dur d’être hué par les siens?

Pascal Couchepin : Je m’y attendais; je connais les tempéraments. Je suis habitué à une politique ouverte et je la préfère à l’indifférence. J’ai voulu porter cette affaire sur le plan du respect des institutions. Je tenais à le faire devant mes amis politiques. Quand je parle d’institutions, je pense à toutes les institutions, y compris judiciaires, y compris dans un autre pays. Il fallait que cela soit dit. Ensuite, la décision revient au comité directeur, à Monsieur Varone et aux Valaisans. Ce genre d’incident exige réflexion. Christian Varone ne le nie pas.

– Vous lui reprochez des déclarations insuffisantes. Plus précisément?

– Lorsqu’il promet de discuter avec la direction du parti en cas de condamnation, j’estime cela insuffisant. Il lui revient de prendre une décision. Il aurait dû nous indiquer selon quels critères elle sera prise.

– Estimez-vous soutenable d’avancer un candidat visé par une condamnation pénale?

– Tout dépend de la nature de la condamnation. Si c’est une amende, nous pouvons fermer les yeux. Dans l’autre cas de figure, il appartient au comité d’adopter une position claire. Mais je veux bien lui répéter mon avis sur ce sujet s’il me le demande. Je n’en dis pas plus.

– En réclamant plus de clarté, vous y voyez l’intérêt du parti. Une tension due à vos propos pourrait être néfaste.

– Je n’ai pas peur pour mon parti. Il se porte bien en Valais. Je tiens simplement à rappeler qu’il y a une tradition de respect qui garantit aussi notre force auprès des électeurs. Il faut préserver ces valeurs.

– Faut-il à vos yeux lier ce plébiscite à ce sentiment de victimisation qui aurait envahi le canton, notamment après l’initiative Weber?

– C’est vrai, Christian Varone s’est présenté comme une victime. Il a utilisé le ton qui fait le succès de quelques-uns actuellement en Valais. S’avancer en victime a toujours permis à certains d’échapper à leurs responsabilités. Nous l’avons vu en matière d’aménagement du territoire. Le Valais n’a pas fait ce qu’il devait faire. De même, nous avons perdu la votation Weber parce que nos représentants ont mené une mauvaise campagne. Ce ne sont pas toujours les autres qui sont méchants. Mon parti est précisément celui qui refuse d’être victime, qui rassemble des esprits fiers d’apporter leur contribution au bien-être du pays. Nous ne sommes pas victimes, nous sommes Suisses. Et nous devons pouvoir prendre la parole dans ce pays. Pour avoir du crédit, pour que notre Conseil d’Etat ne puisse pas être mis en cause par d’autres Suisses. D’où l’importance d’élire ses membres en fonction de critères éthiques.

– «Le Nouvelliste» titre en parlant de votre «mort». Ce désaveu marquerait la fin d’une vieille garde radicale. Pourquoi ne pas vous retirer?

– Ce n’est pas la première fois qu’on annonce ma mort. Une fois ce sera la bonne (rires). Plus sérieusement, ladite «vieille garde» n’a pas l’intention de conduire le parti. Par contre, une assemblée primaire est précisément là pour rappeler des valeurs. Nous avons voulu alerter les esprits: la désignation d’un candidat est une chose, mais le respect des institutions gouvernementales impose des règles éthiques.

A qui est allé votre soutien?

– Cela ne vous regarde pas. Mais mon choix n’était pas contre un candidat. Je l’ai fait au nom de principes. Sur la durée, seul un parti avec des principes peut garder la crédibilité nécessaire.