Le parti qui s'affiche pourtant comme le plus proeuropéen paraît étrangement absent de cette campagne. On peine à découvrir, dans la presse comme sur le terrain, les traces d'un engagement militant, d'un investissement substantiel de la part du Parti socialiste (PS). C'est dû pour une part au mode de fonctionnement du PS. Dans les partis bourgeois, il a fallu prendre position sur l'initiative «Oui à l'Europe!». La polémique y a fait rage, les opinions se sont affrontées, les arguments ont d'abord été aiguisés pour un usage interne. Dans des congrès parfois rudes et tendus, les démocrates-chrétiens, les libéraux et une forte majorité du Parti radical se sont forgé une identité proeuropéenne, avant même d'intervenir, même modestement, dans la campagne. Il en va tout autrement pour le PS, pour lesquels la décision de soutenir l'initiative a tenu de la formalité administrative.

Perte de poids

La fibre européenne des socialistes est en effet d'ordre axiomatique. Ils ne la proclament pas. Ils rappellent au bon souvenir de l'opinion l'existence d'une plate-forme européenne dont l'adoption se perd dans les limbes. Une identité européenne qui va pour ainsi dire de soi, qui n'a pas été conquise de haute lutte, a nécessairement moins de poids auprès de l'opinion. D'autant plus lorsqu'elle s'exprime sous forme d'un credo un peu naïf et pas toujours très convaincant. L'Europe, pour les socialistes, c'est le paradis. C'est l'adhésion qui peut leur procurer les conquêtes inaccessibles dans le champ clos de la politique suisse. L'Europe disent-ils, c'est l'assurance maternité, les crèches, la participation des travailleurs dans les entreprises. La fraîcheur d'esprit de la forte délégation socialiste qui a fait la semaine dernière le pèlerinage de Bruxelles, a fait naître à cet égard quelques sourires chez les camarades européens.

L'engagement du PS dans cette campagne tend à se borner au seul registre des conquêtes sociales dont l'adhésion offre la perspective. Ce n'est pas de nature à séduire en dehors des rangs du parti et cela ne paraît pas toujours convaincre en dedans. L'essentiel de l'argumentaire sonne souvent comme un plaidoyer destiné à rassurer la base sur le fait que l'UE est bien la terre promise. Le plus européen des partis se trouve donc plus occupé à rassurer les siens sur le bien-fondé de son credo qu'à convaincre l'opinion. D.S. Miéville