C'est une de ces histoires qui pimentent la politique fédérale. Martin Bäumle, conseiller national zurichois depuis décembre 2003, est suspendu du groupe parlementaire des Verts. Motif: il a claqué la porte de son parti cantonal et a créé une nouvelle formation, le Parti libéral-écologiste zurichois. Or, celui-ci demande aujourd'hui son affiliation aux Verts suisses. Si cette requête était acceptée, il redeviendrait automatiquement membre du groupe!

Pour comprendre cette situation rocambolesque, il faut remonter au printemps dernier. Le Parti écologiste zurichois, dont Martin Bäumle est l'un des coprésidents, convoque une assemblée générale pour le 24 mars. Deux jours avant cette échéance, celle-ci est annulée. Cette décision inattendue fait des vagues. Personnage bouillonnant, Martin Bäumle est loin de faire l'unanimité et ses positions politiques sont souvent jugées trop à droite. Les tensions sont telles à Zurich que le vice-président des Verts suisses, le Genevois Ueli Leuenberger, doit intervenir comme médiateur. L'assemblée a finalement lieu le 12 juin. Martin Bäumle n'est pas réélu.

Deux jours plus tard, la conseillère d'Etat écologiste Verena Diener appelle à la scission du parti. Ce scénario se concrétise le 2 juillet: Martin Bäumle et Verena Diener annoncent la création du Parti libéral-écologiste zurichois (Grün-Liberale Zürich, abrégé GLiZ). A partir de là, l'exclusion de Martin Bäumle du groupe parlementaire fédéral est envisagée. Le groupe est convoqué pour le mercredi 18 août.

Secrétaire général des Verts suisses, Hubert Zurkinden rappelle que les statuts ne permettent pas d'accepter des membres d'autres partis. Le groupe reste en revanche libre d'accueillir des élus d'autres partis, mais sur la base d'une procédure individuelle. C'est ainsi que le Fribourgeois Hugo Fasel (chrétien social) et le Zougois Josef Lang (Alternative socialiste-verte) y ont été intégrés, contrairement aux «rouges» Josef Zisyadis, Marianne Huguenin et Pierre Vanek.

Décision unanime

«Notre parti a toujours défendu la diversité. Mais il est incompréhensible que Martin Bäumle et Verena Diener s'en soient distanciés en qualifiant la politique des Verts de trop syndicale, trop gauchiste et trop dogmatique», déplore la présidente du parti, Ruth Genner. Les conditions semblaient a priori réunies pour que Martin Bäumle soit exclu du groupe. Mais il y a eu un rebondissement de dernière minute: mardi soir, le GLiZ a annoncé qu'il demandait à être affilié aux Verts suisses. En cas de réponse favorable, Martin Bäumle serait automatiquement réintégré dans le groupe parlementaire. C'est la raison pour laquelle sa présidente, Cécile Bühlmann, a proposé de le suspendre, proposition qui a été acceptée à l'unanimité par le groupe mercredi avant d'être annoncée à la presse parlementaire sous la forme d'un communiqué rédigé à l'avance.

Martin Bäumle est vert de rage. «En me suspendant, le groupe a choisi la solution négative. La solution positive aurait été d'attendre la décision sur la demande du GLiZ», réagit-il. Pour l'instant, en tout cas, il exclut de démissionner du Conseil national et des deux commissions dans lesquelles il siège. Il n'a pas non plus l'ambition de donner naissance à un nouveau parti national et dit n'avoir aucun contact avec les Romands d'Ecologie libérale. La plaie entre lui et la direction des Verts paraît cependant si profonde qu'on imagine mal son retour au sein du groupe.