Commentaire Distribution générale

Comment un gouvernement de gauche peut-il faire passer le gros cadeau fiscal aux sociétés qu’implique la réforme de l’imposition des entreprises? C’est toute la question qui se posait au Conseil d’Etat vaudois que préside Pierre-Yves Maillard.

La réponse est celle de la distribution générale. La perte fiscale encourue par l’Etat sera «compensée» par des augmentations des allocations familiales, des subsides LAMal, des moyens alloués à l’accueil de jour. On a aussi pensé dans ce paquet global aux propriétaires de villas, à la retraite anticipée des travailleurs de la construction, aux victimes du dumping salarial. Quelqu’un aurait-il été oublié?

Si le canton de Vaud a tardé à se positionner sur la RIE III, il gagne avec ce paquet tout ficelé une longueur d’avance que d’autres cantons envieront peut-être. Le soin extrême apporté aux contreparties – que les milieux patronaux ne se risquent pas à contester, même si ce sont les entreprises qui en supporteront la majeure partie – a bien sûr pour but de prévenir un référendum. Une partie de la gauche est tentée, dans le canton comme sur le plan suisse, de s’attaquer à cette réforme.

Mais cela va au-delà. Le paquet ficelé au sommet est emblématique d’une politique qui, sous le couvert d’un compromis pragmatique, voit l’Etat étendre toujours plus largement sa protection – et donc son emprise – sur la population. Sous l’impulsion de certains ministres et avec la tolérance des autres. Avec la RIE III, la distribution des cadeaux pour tous se fait au superlatif, puisqu’on échange une «réforme fiscale sans précédent» contre «les allocations les meilleures de Suisse».