PARLEMENT FÉDÉRAL

Ces dix élus qui montent au parlement fédéral

Une soixantaine de nouveaux parlementaires ont fait leur apparition à Berne à la fin 2015. Au terme de leur première année d’activité, certains se sont déjà profilés comme des personnalités particulièrement respectées ou redoutées

Les élections fédérales d’octobre 2015 ont provoqué un réel renouvellement du parlement: près de 60 nouveaux visages ont fait leur apparition sous la Coupole, ce qui est considérable. Lors des élections précédentes, en 2011, plusieurs personnalités s’étaient rapidement affirmées sur la scène fédérale, comme Cesla Amarelle (PS/VD), Thomas Aeschi (UDC/ZG), Andrea Caroni (PLR/AR), Yannick Buttet (PDC/VS), Balthasar Glättli (Verts/ZH), Cédric Wermuth (PS/AG) ou encore Guillaume Barazzone (PDC/GE), entré en cours de législature.

Qui seront les figures marquantes de la «génération 2015»? Qui sont les personnalités qui, après quatre sessions parlementaires, ont déjà émergé? Qui sont celles que les partis considèrent comme les plus prometteuses? Qui sont celles que leurs adversaires politiques jugent les plus redoutables? En recoupant divers témoignages, «Le Temps» a pu établir une liste d’une vingtaine de profils prometteurs, dont certains ne sont pas encore pleinement révélés. Sur la base de ces témoignages, et de manière forcément subjective, il a extrait dix noms de la mêlée.


 Roger Köppel (UDC/ZH) 

Le Messie et le diable

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Editeur de la «Weltwoche», mieux élu de tous les parlementaires fédéraux, Roger Köppel n’est pas uniquement la nouvelle idole, le nouveau guide spirituel, le nouveau tribun, le nouveau Messie de l’UDC. En un an, il s’est aussi imposé comme l’orateur le plus virulent des Chambres fédérales. Il ne recule jamais devant une provocation ou une invective et sa cible préférée reste Simonetta Sommaruga, qu’il cherche à pousser régulièrement dans ses derniers retranchements.

Estimant que le parlement est fait pour parler, il peine à accepter les règles qui encadrent les interventions à la tribune. Il qualifie le ton qu’il utilise de «fureur pédagogique» mais ses adversaires parlent de fureur tout court. Et ses références ne manquent pas de déranger. Un éditorial signé de sa plume et consacré à Göring a suscité de vives inquiétudes dans les cercles politiques. L’engagement de Christoph Mörgeli, non réélu en 2015, comme collaborateur personnel fait des vagues. Star dans son parti, il est le nouveau diable dans les autres.


 Tim Guldimann (PS/ZH) 

Le diplomate républicain

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En diplomate, Tim Guldimann était plutôt habitué aux ambiances feutrées des ambassades. En politicien, on le découvre en fougueux combattant, prêt à en découdre aussi en terrain hostile, comme ce fut le cas lors d’une assemblée de l’UDC sur la question européenne. «J’estime que trop de politiciens se cantonnent dans leur tribu idéologique», regrette-t-il. 

Plus présent dans les médias qu’à la tribune, Tim Guldimann est vite devenu l’une des références incontournables de son parti en matière de politique étrangère. Il ne cache pas qu’il est toujours en train d’apprendre ce nouveau métier. Lorsqu’on lui demande s’il y prend du plaisir, il répond que la politique doit d’abord faire sens. «En tant que conseiller national, je défends des valeurs républicaines, lesquelles sont aujourd’hui attaquées par le populisme de droite».


 Hans-Ulrich Bigler (PLR/ZH) 

L’ennemi juré de la SSR

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En tant que directeur de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), Hans-Ulrich Bigler était déjà connu comme le loup blanc sous la Coupole. Désormais conseiller national, il siège à la Commission des finances, où il mène le grand combat de sa vie: la lutte contre la réglementation, dont «le coût correspond à une perte de 10% du PIB», estime-t-il. Il est l’auteur d’une motion qui demande de soumettre à la majorité qualifiée tous les textes de loi entraînant des coûts supplémentaires pour plus de 10 000 entreprises. 

Nul doute que Hans-Ulrich Bigler restera aussi l’un des détracteurs les plus féroces de la SSR, lui qui avait failli gagner le référendum contre la nouvelle perception de la redevance radio-TV en juin 2015. «Le récent rapport du Conseil fédéral est insuffisant, car il ne définit pas le périmètre du service public».


 Min Li Marti (PS/ZH) 

Le coeur qui balance

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Certes, elle est moins vibrionnante que son mari, le chef du groupe des Verts Balthasar Glättli. Mais elle une tête, Min Li Marti, et elle se bat sur tous les fronts. Professionnellement, elle s’engage pour maintenir en vie l’hebdomadaire de gauche PS – indépendant du parti – dont elle est l’éditrice.

Au Conseil national, son cœur balance. Le PS doit-il être une force de gouvernement ou d’opposition après le glissement à droite survenu en 2015? «Nous devons apprendre à lancer des thèmes à partir d’acquis dans les villes, comme la vision d’une société à 2000 watts ou le quota de 30% de femmes dans les conseils d’administration des entreprises», dit-elle. En revanche, son prochain combat sera défensif: l’opposition à la réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), qui coûterait 500 millions au canton de Zurich.


 Benoît Genecand (PLR/GE) 

L’anar libéral authentique

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La députation du PLR romande arbore des couleurs plus contrastées depuis 2015. L’arrivée des libéraux Philippe Nantermod, Philippe Bauer et, surtout, Benoît Genecand la tire un peu plus vers la droite. Dans le prochain rating des parlementaires, le Genevois se positionnera très près de l’UDC. Il ne cache d’ailleurs pas «certaines affinités» avec ce parti, qu’il juge toutefois insuffisamment libéral. «C’est un parti corporatiste», juge-t-il. Ses adversaires le qualifient d’«anar libéral qui se force à porter la cravate» mais lui-même se défend d’être un libertarien à l’américaine.

Entré en politique en 2012 seulement – après la fusion –, issu d’une famille à ascendance démocrate-chrétienne, il observe que le PLR «dispose d’un réservoir de vrais libéraux plus riche en Suisse alémanique». «Je souhaite que le positionnement du PLR soit idéologiquement bien défini». Mais c’est compliqué: il n’a pas pu soutenir la solution défendue par son parti pour mettre en œuvre l’initiative sur l’immigration.


 Beat Vonlanthen (PDC/FR) 

Le bâtisseur de ponts

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Jusqu’à la fin de l’année, le Fribourgeois cumule les mandats de sénateur et de conseiller d’Etat. D’autres ont vécu cette expérience, comme la Saint­-Galloise Karin Keller-­Sutter, et surtout son revers: une disponibilité moindre, notamment pour constituer et entretenir un réseau. Beat Vonlanthen est organisé, on lui envie la tenue de ses dossiers, il connaît les rouages de la Berne fédérale. Ancien président de la Conférence des directeurs cantonaux de l’énergie, il est à l’aise dans la principale commission où il siège, celle de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie.

Aura-t-il un jour autant d’influence qu’Urs Schwaller, auquel il a succédé? Il a en tout cas une même qualité: le Singinois est à l’aise des deux côtés de la frontière linguistique et il compte bien jouer les constructeurs de ponts. A voir s’il s’agira de ponts à haubans ou de passerelles.


 Philippe Nantermod (PLR/VS) 

Le révolutionnaire numérique

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Elu vice-président du PLR six mois seulement après avoir débarqué sous la Coupole, Philippe Nantermod a vite fait son trou. Déjà, il participe aux débats les plus chauds du moment. Membre de la Commission des institutions politiques (CIP), il a contribué à façonner la solution pour mettre en œuvre l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse» adoptée par le peuple en 2014. Ce qui lui a valu l’étiquette de «saboteur» décernée par la «Weltwoche»… du conseiller national UDC Roger Köppel.

Ce Valaisan de 32 ans très marqué à droite s’est aussi penché sur les défis posés par la révolution numérique. Il a fait passer une motion exigeant une modification de la législation afin de permettre l’arrivée des taxis Uber, tout comme il a déposé un postulat pour permettre les importations parallèles numériques.


 Lisa Mazzone (Verts/GE) 

La voix des Verts romands

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La Genevoise s’est d’emblée fait remarquer. En sa qualité de benjamine de l’Assemblée fédérale, elle a prononcé le discours d’ouverture de la législature. Depuis, elle a aussi fait sa place en sein de son parti puisqu’elle est devenue vice-présidente des Verts. Elle est ainsi la voix des écologistes en Suisse romande, toujours prête à défendre les positions de son groupe. Une position qui compense son manque d’influence à Berne.

Anti­-armée, elle a peu de chances de convaincre les autres membres de la Commission de la politique de sécurité où elle siège. Elle est plus à l’aise à la Commission des affaires juridiques et s’est notamment investie pour faire reconnaître l’adoption par les couples homosexuels. Rapide, travailleuse, affable, elle dispose d’un bon réseau associatif à Genève. Ne reste plus qu’à l’étendre.


 Laurent Wehrli (PLR/VD) 

Delamuraz plutôt qu’Assurancetourix

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Le syndic de Montreux se décrit volontiers comme un «delamurien» incarnant le «canal historique» des radicaux vaudois. Ancien délégué aux affaires européennes du canton de Vaud, il reste ouvert sur l’Europe et détonne quelque peu dans un groupe parlementaire dont le flanc droit s’est renforcé aux élections de 2015, notamment parmi ses députés romands. «Je défends parfois des positions minoritaires, mais, dans notre parti, nous ne sommes pas des Assurancetourix à qui l’on interdit de chanter. Tout le monde peut s’exprimer», fait-il remarquer. «On a besoin de gens comme lui pour incarner le pôle européen à la droite du parlement», dit l’un de ses adversaires politiques.

Il siège naturellement à la Commission de politique extérieure. Il a conservé la syndicature de Montreux. Pas trop lourd? «Ce n’est pas évident, mais j’ai une équipe derrière moi et l’on me dit que je réponds encore plus vite qu’avant aux e-mails». Rien d’étonnant: son pupitre du Conseil national lui sert de deuxième bureau.


 Andreas Glarner (UDC/AG) 

L’extrémiste de l’asile

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Il suffit de prononcer le nom d’Andreas Glarner pour provoquer les soupirs des 172 parlementaires qui ne sont pas membres de l’UDC. Et même ses collègues de son propre parti n’applaudissent pas toujours l’Argovien, qui tient des propos extrêmes sur l’asile, les étrangers et tout ce qui s’y rapporte. Dans sa commune, il était prêt à payer une amende de 290 000 francs plutôt que d’accueillir quelques requérants. Durant cette session, il s’est érigé contre les mesures favorisant l’intégration, estimant que ce n’était pas une tâche de l’Etat.

Sa politique migratoire? Fermer les frontières. Néanmoins, il faudra compter et composer avec celui qui est devenu le nouveau Monsieur «Asile» de l’UDC, après le Grison Heinz Brand, beaucoup plus consensuel. Il connaît déjà le chemin de l’émission politique phare de la TV alémanique, Arena.

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