1. Les modalités de l’élection du Conseil fédéral restent adaptées, pour autant que le système actuel, basé sur la concordance, ne change pas. Dans ce contexte, qui me convient fort bien, la représentativité de la minorité latine est primordiale, et c’est un Alémanique qui vous le dit. Le critère linguistique passe à mon avis avant la compétence, en ce sens que l’on trouve des gens de grande qualité dans toutes les régions du pays.

2. Plutôt que de changer le mode de sélection, je suis d’avis qu’il faut améliorer le fonctionnement du gouvernement. Il faudrait passer de sept à neuf conseillers fédéraux. Et instituer une présidence de longue durée – de quatre ans par exemple – afin que la Suisse puisse forger des contacts internationaux dans la durée. Je pense en revanche qu’il faut puiser les candidats dans le vivier des partis plutôt que d’aller les dénicher dans la société civile. La politique est un métier à part entière. Quant au mode d’élection, donner voix au chapitre au peuple nécessiterait préalablement une modification institutionnelle de taille: un passage au mode majorité-opposition.

3. A. Un radical. Didier Burkhalter ou Christian Lüscher.

B. Cela aurait été Pascal Broulis ou Martine Brunschwig Graf.

1. Le mode d’élection me paraît approprié. C’est l’élection d’un «primus inter pares». Il est important que les Chambres fédérales, qui représentent les cantons et le peuple, s’en chargent. L’histoire a montré qu’elles ne sont pas dupes de jeux strictement politiques. Un parti qui ne défend que les siens n’a aucune chance. Le système force à travailler de manière plus subtile et à présenter des candidats ouverts à la discussion. L’un des problèmes actuels est le désengagement de nombreuses personnalités, notamment du milieu de l’économie, face à la chose politique.

2. Je suis opposé à l’élection par le peuple. Cela entraînerait un engagement trop populiste de la part de certains candidats. En tant que spécialiste de la gouvernance d’entreprise, j’ai en tête les critères privilégiés pour les membres d’un conseil d’administration. Ils peuvent avoir leur poids dans la nomination d’un conseiller fédéral. Trois dimensions sont essentielles. La première est l’expérience-métier, la deuxième est la connaissance des rouages de la politique, idéalement une expérience de l’exécutif. Le dernier critère, le plus essentiel, est la personnalité. Il faut une identification avec la Suisse et la vocation d’un travail pour l’intérêt public. Cette notion doit primer sur celle de la provenance géographique.

3. A. J’ai soutenu Pascal Broulis, parce que c’est un candidat jeune avec l’expérience de l’exécutif.

B. J’aimerais un bâtisseur de ponts. Entre l’économie et la politique, entre les différentes sensibilités du pays et entre la Suisse et l’étranger. Quelqu’un qui revitalise le réseau d’appui de notre pays. La Suisse est de plus en plus isolée et c’est de sa faute.

1. Le mode d’élection actuel me semble tout à fait approprié au système collégial. C’est un leurre d’imaginer que l’on peut changer un élément de l’édifice sans repenser l’ensemble du système. Je ne pense pas que la Suisse soit prête à passer à un système majoritaire par exemple, ni qu’elle y ait intérêt.

2. Le suffrage populaire est incompatible avec le fonctionnement organique du Conseil fédéral. L’enjeu n’est pas là. Il est dans la possibilité de se débarrasser d’un corps étranger au système comme l’était Christoph Blocher.

3. A. Le choix du candidat relève de la cuisine subtile. Mon idée de la Suisse correspond à celle de 1848. A l’époque, la Suisse est le seul pays d’Europe où le radicalisme triomphe. Elle accueille d’ailleurs les réfugiés d’Allemagne, d’Italie du Nord et de France qui fuient l’échec des révolutions dans leurs pays. Le grand élan de développement s’est produit là. Le PDC n’a jamais été un parti particulièrement progressiste. Cela dit, pour moi, tant qu’il n’y a pas en lice de populistes dangereux…

B. Jean Ziegler. Parce qu’il réchaufferait l’atmosphère. A cause aussi de sa vision mondiale et mondialiste. Il est une mauvaise conscience. Les femmes font du bien au fonctionnement politique suisse. Plus il y en a, mieux c’est.

1. Non, l’élection des membres du gouvernement ne correspond plus entièrement à notre époque. La représentativité des minorités, en particulier linguistiques, est très importante et il faut la maintenir. Mais le système en vigueur ne laisse aucune possibilité d’accession au Conseil fédéral pour des indépendants, qui amèneraient pourtant un regard neuf et extérieur dans cette instance. Je remarque que de nombreuses communes alémaniques ont désormais à leur exécutif des représentants sans aucun cursus lié à un parti et que cela leur est très profitable.

2. Je ne pense pas qu’il faille chambouler totalement le système. Mais l’idéal – je n’ai pas de modèle en tête – serait de permettre au peuple d’avoir aussi son mot à dire dans cette élection, car le parlement ne réfléchit qu’en termes de représentativité politique et linguistique. Le peuple serait mieux à même de voter pour un candidat pouvant apporter une dimension plus stratégique que politique à la Suisse, mais qui n’aurait voulu jamais s’investir dans un parti. Je souligne qu’il ne s’agit pas forcément de trouver des vedettes: un conseiller fédéral peut parfaitement se former sur le tas. La preuve: la plupart des ministres élus jusqu’ici n’ont pas de formation internationale et s’adaptent assez rapidement.

3. A. Honnêtement, je n’arrive pas à trancher. Mais il faudra bien en choisir un…

B. Ce serait quelqu’un qui a le même parcours que le conseiller d’Etat fribourgeois Pascal Corminboeuf, un indépendant.

1. Hélas oui. Le caractère composite de la Suisse impose qu’une cascade de pondérations (régionales, linguistiques…) préside à ce genre d’élection. Le drame est qu’il en résulte souvent trois types de sous-cultures improductives: la sous-culture à vocation principalement conjonctive, peut-être à la Burkhalter, la sous-culture qui traficote et manigance, à la Pelli, et celle qui mise a contrario sur le clinquant compulsionnel, à la Lüscher.

2. ar le peuple, non, surtout si les médias restent nombreux à choyer le spectacle de la politique au lieu de la politique en tant que moyen de l’intérêt général. Un critère qui serait crucial à percevoir chez les candidats? Leur résistance aux effets pervers du moule confédéral, je veux dire à ces trois sous-cultures évoquées à l’instant. C’est-à-dire leur art de la parole publique. Je rêve d’une Suisse où la parole politique ne servirait qu’à la dialectique élevante autant qu’élevée, hors de toute graisse affective ou partisane, mais sèchement concentrée sur des thèmes, comme celle que Couchepin dégaina momentanément contre Blocher.

3. A. Didier Burkhalter par défaut, voire Dominique de Buman. Latins, sérieux, la figure du parfait gendre en politique…

B. Aucun. Je ne vois que des moins pires, à ce stade, en loyale incarnation de ce qu’est le pays lui-même à mes yeux.

1. Une élection au Conseil fédéral est toujours le résultat de multiples critères – et en plus soumise à une dynamique qui se développe au sein du parlement pendant les derniers jours avant l’élection. En outre, l’élection par le parlement me semble toujours encore la meilleure solution dans le cadre de notre système politique.

2. En fin de compte, l’intégrité personnelle des candidats/candidates est pour moi le critère le plus important.

3. A. Mon candidat préféré le sait!

B. Romande, sociale et libérale, avec une expérience gouvernementale.

1. Le système actuel souffre de nombreuses faiblesses. Il met en avant des personnalités marquées du carcan du parti, auxquelles on a taillé la silhouette idéale. On a l’impression que les conditions-cadres, écrites ou non, deviennent des boulets et rendent ce choix trop mince dans un pays aux dimensions de la Suisse. De plus, la prochaine élection est souvent déjà dans la tête des parlementaires. Ce système ne permet pas à des personnalités plus originales, qui se fondent moins dans le moule, de se profiler.

2. Je n’imagine pas une élection par le peuple. En revanche, j’aimerais des gens plus jeunes que l’on ne juge pas seulement en fonction de ce qu’ils ont fait, mais aussi en fonction de leur potentiel stratégique, de leur sens de la direction. Le critère de fraîcheur devrait avoir sa place. La question de la provenance linguistique ne serait pas si pesante si le statut de conseiller fédéral ne résonnait pas comme un aboutissement. Cette élection ne devrait pas avoir l’étiquette du trône ultime. Avec davantage de rotation, il serait possible d’imaginer des constellations avec quatre conseillers fédéraux francophones ou un seul.

3. A. Je n’ai aucun favori. Il est illusoire de vouloir se faire une opinion. Je ne suis pas assez souvent en Suisse, et l’élection actuelle ne va guère bouleverser la situation. Ces personnalités sont peu connues hors du sérail bernois. Cela dit, je trouve aussi très bien de pouvoir être surpris par une figure jusque-là inconnue hors de sa région.

B. J’aimerais quelqu’un de courageux. A l’aise aussi bien dans le pays qu’à l’extérieur. J’aimerais aussi quelqu’un qui représente davantage la Suisse urbaine.

1. A mes yeux d’Européenne vivant en Suisse depuis plusieurs années, les structures et le fonctionnement des institutions helvétiques reflètent bien la grande diversité géographique, culturelle, linguistique et politique de ce pays. Cependant, l’actualité révèle parfois que certains aspects pourraient être repensés, par exemple, le rôle du président de la Confédération.

2. On pourrait imaginer, par exemple, que le président de la Confédération soit élu pour une période plus longue (4 ans par exemple) et qu’il puisse être déchargé d’une partie des responsabilités de son département.

3. A. Le choix est difficile, les candidats annoncés jusqu’ici possèdent de belles qualités et, surtout, font preuve de détermination. Cela dit, il me paraît que M. Didier Burkhalter est très bien préparé puisqu’il a étudié à l’Université de Neuchâtel! Une université qui fête son centenaire cette année et qui a déjà donné d’autres brillants conseillers fédéraux (Max Petitpierre, Pierre Aubert…).

B. Le candidat ou la candidate idéal(e) doit avoir des compétences intellectuelles d’analyse et de synthèse. Il doit pouvoir être rapide dans la perception et dans la décision. Il doit être déterminé, courageux, tenace et doit savoir prendre du recul. Il doit posséder une immense capacité de communication et être capable de convaincre son collège, le parlement et la population. Il doit avoir beaucoup d’entregent et être pourvu d’une bonne dose de chaleur humaine. En outre, dans un pays comme la Suisse, le plurilinguisme et la sensibilité multiculturelle, appuyés par une ouverture internationale, me paraissent essentiels.

1. Je réponds oui, mais avec une réserve. Il faut que le parlement tienne encore compte des critères de distribution régionale. Des critères qui sont par ailleurs inscrits dans la Constitution.

2. Je suis d’avis qu’il faudrait fixer avec plus de précision les critères actuels. Nous sommes un pays uni par une volonté consensuelle. Et jusqu’à aujourd’hui, ça a fonctionné; les minorités ont toujours eu une certaine protection. Je pense que la loi du plus fort ne correspond pas du tout à l’esprit de la Suisse. Ou alors, réfléchissons à un système de quota avec neuf conseillers fédéraux: cinq Suisses alémaniques et romanches, trois Romands et un Suisse italien.

3. A. L’appartenance au Tessin m’apparaît en cette occasion plus importante que celle du parti. Mais, en l’absence de candidat officiel tessinois, mon choix se porte sur le candidat de mon parti, le libéral-radical Didier Burkhalter pour ses sensibilités sociales et culturelles.

B. Sans hésiter: Fulvio Pelli.

1. Non, mais cela ne veut pas dire qu’il faille changer radicalement le mode d’élection. Par contre, la sélection des candidats comme on l’a vue ces dernières semaines ne me paraît plus appropriée. En tant que citoyen, j’aimerais voir les politiciens les plus capables proposés à cette fonction. Or, les premières questions posées sont de savoir si la personne est née du bon côté de la Sarine, si elle est du bon parti, du bon âge ou du bon sexe.

2. Pour moi, l’élection par le parlement est un bon système. Mais pour choisir la personne qui devra assumer une charge aussi difficile, il faut se baser sur les capacités et les compétences. Pour notre Suisse multiculturelle, il est aussi important qu’il y ait au Conseil fédéral un bon équilibre entre les différentes sensibilités et les expériences culturelles. Mais cela peut se faire de façon moins stricte qu’actuellement, sans reléguer les autres qualités au second plan.

3. A. Mme Martine Brunschwig Graf.

B. La candidate que j’ai déjà mentionnée. Et aussi le conseiller national libéral-radical tessinois Ignazio Cassis. Il a une personnalité forte et des capacités d’analyse qui m’inspirent confiance. Il pourrait apporter beaucoup, en particulier dans les