Le pouvoir à Neuchâtel est une chasse gardée de la droite depuis la création de la République en 1848. A une brève et chaotique exception près, entre 1989 et 1993, lorsque Michel von Wyss, candidat hors parti, a subtilisé le siège dévolu aux radicaux.

Orchestrateurs de la révolution de 1848, les radicaux ont gouverné seuls jusqu'en 1898, lorsqu'ils cèdent un siège aux libéraux. De 1919 à 1941, une troisième composante de la droite accède au pouvoir, le Parti progressiste national (PPN) et 1941 marque l'élection du premier socialiste. Un deuxième élu PS entre à l'exécutif en 1965. Depuis 1981 et la fusion du PPN et du Parti libéral, la formule magique neuchâteloise donne un Conseil d'Etat composé de 2 libéraux-PPN, un radical et deux socialistes.

Après avoir refermé la parenthèse von Wyss en 1993, la droite a repris les commandes du gouvernement et entend les conserver après les élections d'avril 2001. Son hégémonie est menacée par une gauche ambitieuse, sentant une brise favorable après ses succès aux élections fédérales de 1999 et communales de 2000.

Dix candidats se disputent cinq fauteuils de ministre: trois de droite, les sortants radical Thierry Béguin et libéral Pierre Hirschy, entourant la libérale Sylvie Perrinjaquet, appelée à succéder à Jean Guinand. Unie derrière un programme, la gauche part en ordre dispersé au premier tour de l'élection au Conseil d'Etat, avec trois candidats socialistes (la sortante Monika Dusong, le successeur désigné de Francis Matthey Bernard Soguel, et le «réserviste» Jacques-André Maire) et quatre des petits partis POP, Verts et SolidaritéS (Claudine Staehli-Wolf, François Bonnet, Marianne Ebel et l'indépendant André Babey).

La gauche espère réussir là où elle a échoué il y a quatre ans: provoquer un ballottage le 8 avril, empêchant au moins l'élection de la libérale Sylvie Perrinjaquet, pour porter l'estocade au second tour le 29 avril.