La médiatrice Elisabeth Zölch a tenu son pari: mercredi soir, après deux jours de négociations conduites par la ministre bernoise de l'Economie, les représentants du conseil d'administration et du personnel de Swissmetal Boillat, ainsi que le syndicat Unia, ont signé une convention. La grève entamée le 16 novembre par les 400 employés de l'usine métallurgique de Reconvilier devrait prendre fin ce jeudi à 13 h 15. D'ici là, l'accord doit être ratifié par le conseil d'administration de Swissmetal et l'assemblée du personnel de la fonderie, convoquée ce matin à 9 heures.

Le contenu de la convention restera secret jusqu'aux assemblées. Personne ne s'est risqué à transgresser cette règle convenue par les négociateurs hier soir. Le communiqué officiel diffusé par le canton de Berne précise que «le président de la représentation du personnel s'est engagé à faire accepter l'ensemble de l'accord par l'assemblée du personnel». Quand on sait la détermination des employés de Reconvilier à n'interrompre la grève qu'une fois le directeur général de Swissmetal, le manager allemand Martin Helweg, mis à l'écart, on peut en déduire que l'accord va dans le sens de la revendication des employés.

A Reconvilier, l'annonce de la conclusion de l'accord a été accueillie par une salve d'applaudissements, mais sans cris hystériques. Les employés ont dit leur soulagement et leur envie de reprendre le travail, mais «attendons de connaître le contenu de l'accord», ont nuancé certains. Dimanche dernier déjà, syndicats, représentants du personnel et conseil d'administration avaient trouvé un terrain d'entente à la table de négociation, mais l'assemblée des 400 employés unanimes l'avait repoussé, car la principale revendication exprimée à Reconvilier – la mise à l'écart de Martin Helweg – n'était pas retenue dans le texte.

Mis au courant du contenu de la convention, le maire de Reconvilier, Flavio Torti, n'en a bien entendu rien dit. Mais son sourire et son soulagement sont autant de signes qui laissent imaginer que les trajectoires de Swissmetal Boillat et de Martin Helweg ne devraient plus se croiser.

Principale hypothèse échafaudée par les observateurs: Swissmetal pourrait désigner un nouveau directeur pour son usine de Reconvilier, agréé par le personnel. Pas seulement un responsable industriel, mais un patron dépendant directement du conseil d'administration. Invitée à être complémentaire et non concurrente de l'usine de Dornach, «la Boillat» retrouverait une autonomie de fonctionnement.

Avant l'annonce de l'accord, 3000 à 3500 personnes ont exprimé leur solidarité avec les ouvriers en grève depuis neuf jours. Une manifestation très sobre, aux odeurs de soupe aux pois, à l'image de l'atmosphère qui règne dans les usines: la sérénité y est reine, le personnel est convaincu de mener un combat juste et qu'il va le gagner. «Vous voulez vivre et travailler dans la dignité, vous donnez une leçon au pays», a déclaré à la tribune le conseiller national et syndicaliste Jean-Claude Rennwald, saluant le combat des employés et des cadres de Reconvilier «contre ce capitalisme assassin, cette économie de Monopoly». «Vous êtes les précurseurs d'une révolte pacifique contre les principes inhumains de la finance», a renchéri le président de la députation du Jura bernois, le maire de Tavannes Jean-Pierre Aellen. «Nous ne sommes pas obtus face au changement, nous avons prouvé ces dernières années que notre usine a su s'adapter, explique Wilfried Hirschy, de la commission d'entreprise de Swissmetal Boillat. Notre mouvement dénonce un style de management, déconnecté du terrain industriel, qui détruit notre outil de travail et notre savoir-faire.»