«Les sommes sont importantes, mais pas de l’ordre de ce que l’on a pu craindre.» Voilà comment André Simonazzi, le porte-parole du gouvernement, a annoncé mercredi le blocage effectif de «plusieurs dizaines de millions de francs» appartenant au clan du président tunisien déchu Zine el-Abidine Ben Ali. Il a par ailleurs confirmé que la Tunisie avait fini par déposer, mardi, une demande d’entraide judiciaire.

Le Conseil fédéral a refusé d’articuler un chiffre plus précis, car «la situation évolue de jour en jour». Selon des statistiques de la Banque nationale suisse (BNS), la totalité des avoirs d’origine tunisienne en Suisse se montait à 621 millions de francs en 2009. Mais impossible pour l’heure de savoir quelle part de cette somme est directement liée aux clans Ben Ali et Trabelsi.

Le Falcon 900, qui appartiendrait à un gendre de l’ex-président (LT du 22.01.2011), est lui toujours bloqué sur le tarmac de l’aéroport de Cointrin. La justice genevoise doit encore procéder à des «éclaircissements».

Quant aux trois bien immobiliers genevois signalés aux autorités fédérales par l’Association des Tunisiens de Suisse, ils n’ont pas été déclarés officiellement par des registres fonciers. Aucun immeuble identifié comme appartenant à la famille Ben Ali ou à ses proches n’a été annoncé, a précisé André Simonazzi. Voilà les premiers éléments résultant de l’ordonnance du Conseil fédéral du 19 janvier qui prône le gel des biens et avoirs d’une quarantaine de personnes liées aux clans Ben Ali et Trabelsi.

«Pour nous, l’essentiel est que la lumière soit faite sur l’ensemble des possessions en Suisse et que ces avoirs reviennent rapidement au peuple tunisien», réagit Anouar Gharbi, coordinateur du Comité suisse de soutien du peuple tunisien.

La traque au neveu

Selon certains Tunisiens, en plus d’un immeuble et de deux appartements à Genève, le clan disposerait également d’un bien immobilier dans le canton de Fribourg. «Mais les vérifications seront difficiles à effectuer», concède Mohamed ben Henda, le président de l’Association des Tunisiens de Suisse. «Car ces gens-là recourent souvent à des prête-noms et à des sociétés-écrans».

Mohamed ben Henda fournit une autre information: il assure que Sofiane Ben Ali, neveu de l’ex-président déchu, serait toujours à Genève. «Il circule dans une voiture aux plaques hollandaises. Il serait l’objet d’un mandat d’arrêt international depuis mercredi (ndlr: le mandat vise avant tout Zine el-Abidine Ben Ali et sa femme, mais la Tunisie a informé la Suisse de l’ouverture d’une enquête judiciaire touchant aussi des proches); nous exigeons son arrestation immédiate», commente-t-il. Ce même Sofiane Ben Ali aurait été vu il y a dix jours, près d’une banque de la place. Depuis, des chauffeurs de taxi tunisiens le traquent en permanence, pour éviter de perdre sa trace.

Plusieurs Tunisiens figurant sur la liste noire frappés par les sanctions ont par ailleurs réagi, s’estimant fichés à tort. Le Département fédéral des Affaires étrangères confirme que deux «imprécisions» lui ont été signalées. Certaines personnes ont aussi demandé à être retirées de la liste ( LT du 25.01.2011 ). Ces cas sont encore à l’examen. La fameuse liste pourrait ainsi subir des modifications.