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Candidat yverdonnois au djihad, «Mirko» avait un passé de violences conjugales et traînait avec de petites frappes de la cité du Nord vaudois. Il a été arrêté l’automne dernier, soupçonné de préparer des attentats.
© DR

Terrorisme

La plupart des djihadistes suisses ont un passé criminel

Comme en France, l’islamo-délinquant est un profil fréquent chez les Helvètes qui basculent dans le terrorisme. Plusieurs exemples documentent le phénomène. Berne lance une étude exhaustive

Une petite frappe de quartier, un cambrioleur de bas étage qui se retrouve magnifié, glorifié en guerrier de l’islam combattant. Ce profil fréquent chez les terroristes européens – y compris celui qui a attaqué un supermarché à Trèbes près de Carcassonne le week-end dernier – domine aussi chez les Suisses qui ont basculé dans le djihadisme depuis 2001. «La majorité des cas que nous traitons ont un passé de petits criminels», explique une source autorisée à Berne.

Le phénomène a été documenté dans une thèse de doctorat rédigée par un analyste de l’Office fédéral de la police, Florent Bielmann. Il y examine dix parcours de Suisses poursuivis pour soutien à une organisation terroriste islamiste. Sept d’entre eux étaient «connus des services de police» avant d’être soupçonnés de djihadisme, souvent pour de petits délits: accidents de la circulation, vol, consommation de cannabis, menaces, violence conjugale…

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Le salafisme, un «repère»

«Une majorité des prévenus, très jeunes pour la plupart, ont un casier judiciaire ainsi que des dettes et des poursuites, ajoute le document. Le départ dans la vie d’adulte prend une mauvaise direction pour ces jeunes individus qui ont par conséquent estimé que ceci constituait une raison supplémentaire de quitter la Suisse afin de fuir leurs problèmes.»

Le crime comblerait au départ leur «pauvreté existentielle», vide rempli ensuite par l’islamisme radical. «Leur engagement leur donne un sens de la rédemption», note le chercheur Lorenzo Vidino, recteur du programme contre l'extrémisme à l'université George Washington. Raison pour laquelle un passé de braqueur ou de gangster a été omniprésent dans les filières djihadistes européennes – au Danemark, en France, partout – depuis les origines. Selon une récente étude de référence, 40% des attentats ou tentatives d'attentats en Europe sont financés grâce à la petite délinquance: vols, escroqueries et trafic de drogue, notamment.

Berne juge le phénomène des «islamo-délinquants» suffisamment significatif pour lui consacrer une étude plus approfondie. «Nous sommes en train de regarder les parcours de toutes les personnes passées sous la loupe de fedpol, à partir du travail de Florent Bielmann», indique la porte-parole de l’Office, Catherine Maret. Une analyse plus approfondie devrait être publiée l’année prochaine.

Petits braquages

Les exemples de passé criminel abondent dans les quelques dizaines de cas de djihadistes recensés en Suisse. Un Romand parti en Syrie avait commencé sa carrière en Suisse par de petits braquages. Ce converti, décrit comme désœuvré, a fini par quitter le pays pour disparaître dans les limbes du djihadisme international. Son cas n’a jamais été évoqué dans les médias et on ignore où il se trouve aujourd’hui.

Autre exemple, celui de «Mirko»*, un Yverdonnois musclé et radicalisé qui a été arrêté l’automne dernier lors d’une opération antiterroriste conjointe entre la Suisse et la France. Selon nos informations, il était connu de la police pour des violences conjugales et traînait avec un groupe de petites frappes d’Yverdon.

Jouer avec les symboles

Son profil fait penser à celui du «gang Jamahat», des secondos musulmans du Locle et de La Chaux-de-Fonds qui s’étaient constitués en gang de trafiquants de drogue. Ils ont été jugés et condamnés en 2013. «Ils jouaient avec des symboles djihadistes mais ce n’est pas allé plus loin», se souvient une source qui a suivi le cas. L’enquête n’a montré aucun lien entre ces vendeurs de drogue, parfois violents avec leurs dealers, et d’autres individus soupçonnés de radicalisation.

Les terroristes les plus dangereux ont parfois un pedigree criminel plus chargé. Au début des années 2000, un «émir» djihadiste installé à Zurich comme requérant d’asile, Mohamed Achraf, envisageait des braquages de grande ampleur en Suisse pour financer l'achat d'explosifs et des attentats en Espagne. Son groupe vivait de petits vols dans la région de Zurich. Il a été arrêté, extradé et condamné par la justice espagnole avant de mettre ses plans à exécution.

* Prénom fictif


Une tribune:

Les métamorphoses de l’Etat islamique

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