Justice

Dmitri Rybolovlev remet deux Picasso à la justice française

Le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev a remis à la Brigade de répression du banditisme deux œuvres achetées à Yves Bouvier en 2013. Les deux portraits font l’objet d’une plainte de Catherine Hutin-Blay, héritière du peintre, qui affirme qu’ils ont été vendus sans son accord

Le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev a remis jeudi à la justice française, «à des fins d’expertise», deux tableaux de Picasso que sa société Accent Delight International – propriété d’un trust chypriote dont sa fille est la bénéficiaire – avait achetés en 2013 à Yves Bouvier.

Les deux portraits, Tête de femme. Profil et Espagnole à l’éventail, faisaient partie de la gigantesque collection de toiles de maîtres que le Russe a constituée en une douzaine d’années par l’intermédiaire du patron genevois de Natural Le Coultre. En toile de fond, le Russe accuse Yves Bouvier de l’avoir arnaqué à hauteur de 500 millions à 1 milliard de francs sur 37 transactions. Le Genevois a été mis en examen pour escroquerie et complicité de blanchiment par la justice monégasque en février 2015. Il a depuis demandé l’annulation de la procédure, devant la Cour d’appel monégasque. Laquelle doit rendre son délibéré le 12 novembre prochain, a appris Le Temps.

Les deux tableaux remis jeudi à la justice française font l’objet d’une plainte déposée en janvier 2015 par l’une des héritières de Pablo Picasso, Catherine Hutin-Blay, pour vol, recel et escroquerie. Revendiquant la propriété de ces œuvres, Catherine Hutin-Blay estime qu’elles avaient été vendues sans son accord à Dmitri Rybolovlev. Lequel, par le truchement toujours de ses sociétés, s’est porté partie civile de cette plainte.

Le 15 septembre, Yves Bouvier avait été mis en examen pour recel à l’issue d’une audition par la juge d’instruction parisienne Isabelle Flament-Rich. Le Genevois se défend de toute illégalité dans la transaction. «Yves Bouvier a présenté à la juge toutes les pièces montrant qu’il avait bien acheté à un trust présenté comme étant celui de Catherine Hutin-Blay les œuvres sur papier de Picasso revendues ultérieurement à Dmitri Rybolovlev», a précisé son porte-parole, Marc Comina, dans un communiqué.

Selon le porte-parole du Genevois, «ses obligations de due diligence en tant que commerçant d’art lui imposent de vérifier que les tableaux qu’il vend sont irréprochables sous l’angle juridique, tant en matière de droits de propriété que d’authenticité. Yves Bouvier a rempli toutes ces obligations. Les factures établies au nom de sa société, MEI Invest, indiquent clairement qu’il assume parfaitement la responsabilité de ces ventes. Si, à son corps défendant, alors qu’il s’est porté acquéreur d’œuvres d’art dont il connaissait la provenance et qui remplissaient tous les critères de due diligence, il s’avérait qu’il a été trompé, Yves Bouvier se retournera contre ceux qui l’ont trompé et remboursera le lésé.»

Devant la presse réunie jeudi dans le XVIe arrondissement de Paris, Dmitri Rybolovlev, intervenant en qualité de «représentant d’Accent Delight», est venu s’expliquer sur sa décision de remettre les deux tableaux à la Brigade de répression du banditisme. Le Russe a évoqué trois «raisons principales»: tout d’abord, faire «émerger la vérité […] que ce soit dans le cadre de l’enquête parisienne ou dans l’enquête menée par les autorités monégasques pour des faits d’escroquerie et de blanchiment d’argent».

Ensuite, a-t-il poursuivi, «parce que ces portraits de Jacqueline Picasso, la dernière épouse du maître, possèdent une immense valeur artistique et affective pour sa fille, Catherine Hutin-Blay. Nous mesurons la peine immense que ressent la plaignante et compatissons.»

Enfin, Dmitri Rybolovlev a dit vouloir «éviter à d’autres personnes d’être victimes, à l’avenir, d’agissements similaires et malhonnêtes sur le marché de l’art».

Pour Marc Comina, la remise des deux oeuvres à la justice française «est une étape nécessaire et logique de la procédure, malgré la tentative ridicule et déplacée d’en faire un shom médiatique».

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