Il a agi par appât du gain autant que par passion des livres, il s’est senti au-dessus des règles et a grossièrement trahi la confiance du CHUV. Pour avoir détourné quelque 5 millions de francs en parfait égoïste, Julien Bogousslavsky aurait mérité une peine de 4 ou 5 ans de prison, a estimé le Tribunal correctionnel de Lausanne. Mais après en avoir délibéré longuement, les juges ont opté pour une peine privative de liberté de 2 ans avec sursis ainsi qu’une peine pécuniaire de 180 jours-amende, également avec sursis. Une sanction sensiblement moins sévère qui tient compte du remboursement du préjudice par l’ancien chef de neurologie du CHUV, de ses remords, de ses donations en cours de procès et de «la mise au pilori médiatique» dont il a fait l’objet.

Le jugement, rendu ce matin, a déjà fait un mécontent. Le procureur général vaudois Eric Cottier envisage le dépôt d’un recours. Non parce que le Ministère public aurait été désavoué – il a demandé exactement la même sanction – mais parce qu’il estime que le Tribunal a fait une mauvaise application du droit en octroyant également le sursis pour la peine pécuniaire. Les deux peines totalisant une durée supérieure à la limite de 2 ans fixée pour un sursis complet. Un examen que le Ministère public compte éventuellement soumettre à la Cour de cassation après une analyse plus approfondie.

Au-delà de ce point de détail – qui représente tout de même une facture de 180’000 francs à payer ou pas pour le principal intéressé – Julien Bogousslavsky a été reconnu coupable d’abus de confiance qualifié, de gestion déloyale qualifiée et de faux dans les titres pour avoir puisé dans le fond de son service, utilisé abusivement la carte de crédit du CHUV, détourné à son profit l’argent de la recherche, et fabriqué des factures fantaisistes. Le Tribunal n’a accordé aucun crédit aux quelques excuses avancées par l’accusé. Aux yeux des juges, la situation était limpide et les directives de l’institution claires et accessibles. Le neurologue n’était pas en droit d’agir ainsi et il le savait pertinemment.

Pour «atténuer sensiblement la juste sévérité qui s’imposait» en pareil cas, le Tribunal a estimé que l’accusé avait déjà subi une sanction en raison de l’hypermédiatisation de son affaire. «Du jamais vu dans l’histoire judiciaire du canton», s’est hasardée la Cour. En sus de l’intérêt suscité par ce dossier hors du commun, la décision relève que Julien Bogousslavsky a réparé même au-delà de ce que l’on pouvait attendre de lui en faisant notamment donation de 45 de ses livres à la Bibliothèque cantonale. L’absence d’antécédents, sa collaboration à l’enquête, l’impression qu’il a laissée aux débats et le fait qu’il ait retrouvé du travail dans une clinique où il donne grande satisfaction ont poussé les juges à établir un pronostic favorable et à octroyer le sursis. Dans l’esprit du Tribunal, ce pronostic ne pouvait être que le même pour les deux genres de peines prononcées. Ce n’est apparemment pas l’avis du procureur général qui avait requis 180 jours-amende fermes. L’affaire Bogousslavsky n’est peut-être pas terminée.