Le contact direct a parfois du bon, comme le montre l’exemple du docteur Pierre Quinodoz. Ce spécialiste en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique travaille à Genève – sauf deux semaines par an. En mars dernier, il opérait à Kin­shasa, avec six autres médecins formateurs, 55 patients victimes de traumatismes, de brûlures ou de malformations. Soigner, et surtout «essaimer sur place», former des équipes locales à prendre le relais: tel est le but de son association «Second chance» qui, en douze ans, a permis à trente médecins africains de se spécialiser en chirurgie reconstructive, trois étant devenus eux-mêmes enseignants.

Formation concentrée

Passionné d’alpinisme et de voile, Pierre Quinodoz est notamment soutenu par la jeune société Lynx Energy Partners, basée à Genève. La chimie des hommes d’action a fonctionné entre le duo de stratèges en pétrole et le docteur. «La volonté de résultats est un élément important pour nous», disent Cyrille Costes et Franck Blais, de Lynx, qui ont éprouvé «un coup de cœur» pour ce projet aux effets très concrets. Voyageant souvent en Afrique pour affaires, ils marquent une certaine réticence face à l’étiquette de philanthropes: «Nous avons eu de la chance, c’est normal d’aider», tranchent-ils. Une réserve qui s’explique par la volonté de ne pas mélanger l’engagement humanitaire et la communication d’entreprise.

De son côté, Pierre Quinodoz apprécie des donateurs «qui connaissent le terrain, parlent le même langage que moi et partagent le même enthousiasme». Il a créé son association pour contrôler que chaque franc est bien dépensé, et éviter toute récupération. Les montants engagés dans chaque semaine de formation sont relativement modestes; l’engagement personnel et les contacts – aussi bien chez des ministres qu’au sein du réseau des Flying Doctors – font la différence. Plus le temps offert, bien sûr. Chaque voyage en Afrique est précédé de préparatifs minutieux, notamment pour sélectionner les 50 opérés parmi 500 patients potentiels. «Mieux vaut intervenir de façon condensée, dit le médecin. Les collègues africains apprennent vite, certains ont déjà amélioré les techniques opératoires que nous leur avions montrées.»

L’association Second chance et Lynx Energy Partners collaborent sans intermédiaire. Mais, pour un autre projet qu’elle soutient (amélioration d’une zone d’hospitalisation destinée aux enfants), la société genevoise passe par la fondation Artères, charge à cette dernière de lui fournir tous les deux mois un rapport succinct sur l’état du projet. «Nous voulons être sûrs que les choses avancent», disent Cyrille Costes et Franck Blais.