La doctoresse Brigitte Zirbs Savigny n'a pas peur de déplaire. Tant pis si certains médecins l'accusent de scier la branche sur laquelle ils sont assis. La médecin interniste genevoise est bel et bien décidée à aller de l'avant pour développer le projet qu'elle a lancé il y a un an (LT du 20.08.2004). Son but? Apprendre aux patients à se soigner eux-mêmes. «Pour ne plus vivre dans une société d'assistés», lance-t-elle.

Lettre à Pascal Couchepin

Pour Brigitte Zirbs Savigny, c'est un acte politique: «Pour la première fois, des médecins prennent en main les coûts de la santé.» Le 14 mai, elle a donc écrit à Pascal Couchepin. Une longue lettre dans laquelle elle explique pourquoi la Confédération devrait l'aider à financer ses «Ateliers homeofamille». «En tant que médecin de famille dans la campagne genevoise, j'observe une surconsommation médicale croissante en «bobologie», principalement par des jeunes mères désemparées devant des problèmes bénins ne nécessitant pas forcément mon intervention», argumente-t-elle.

Freiner l'explosion des coûts

La vice-présidente des associations genevoises des omnipraticiens et des homéopathes est convaincue que les médecins doivent agir pour freiner l'explosion des coûts de la santé. «Nous devons sortir de la passivité et répondre aux pouvoirs politiques qui nous reprochent de coûter trop cher, de pousser les patients à consommer soins, consultations et médicaments.» Pour Brigitte Zirbs Savigny, il est temps de responsabiliser la population.

La LAMal et les abus

Pour un rhume, une petite grippe ou un mal de dos, les patients se ruent chez le médecin, raconte la doctoresse. Ils exigent des antibiotiques parce qu'ils paient cher leurs assurances maladie, et qu'ils estiment y avoir droit. Même si souvent, ils n'en ont pas besoin. «La loi fédérale sur l'assurance maladie (LAMal) a ouvert la porte aux abus. Comme elle est obligatoire, les gens veulent la rentabiliser à tout prix. Certains vont jusqu'à réclamer un scanner du corps entier parce qu'ils viennent d'amortir leur franchise de 1600 francs.»

Fini les tisanes au miel et citron pour soigner un refroidissement, les bouillottes sur un ventre douloureux ou les compresses de pomme de terre pour atténuer les maux de gorge. «Les gens ne connaissent plus ces gestes simples. Nos ateliers permettent d'acquérir des outils pour prendre sa santé en main.»

Briser la toute-puissance des médecins

Non, répond Brigitte Zirbs Savigny à ses détracteurs: il ne s'agit pas de remplacer la médecine traditionnelle par l'homéopathie et les remèdes de grand-mère. «Mais de rendre au médecin sa juste place.»

La doctoresse jette un regard critique sur l'évolution de sa profession: «L'avènement des médicaments a ouvert la porte à la toute-puissance des médecins. Or, ils sont là pour soigner des maladies: ce ne sont pas des guérisseurs. Idéalement, la relation patient-médecin devrait ressembler à un partenariat.»

La colère face au tarif TarMed

La goutte d'eau qui a fait déborder la colère de Brigitte Zirbs Savigny, c'est l'entrée en vigueur du tarif médical TarMed. Auparavant, la doctoresse avait l'habitude de consacrer du temps à ses patients en dehors de ses heures de travail, pour leur prodiguer des conseils de santé. «Quand on nous a demandé de mettre trois chronomètres sur nos bureaux pour calculer chaque minute de consultation, j'ai eu envie d'arrêter de travailler.» Mais la doctoresse n'est pas femme à baisser les bras. Elle a préféré militer en officialisant ses cours de «bobologie».

Sa démarche a déjà séduit 200 participants inscrits à 600 cours depuis août 2004. La doctoresse souhaite désormais élargir son projet aux entreprises genevoises qui affichent, selon elle, une moyenne de 10% d'absentéisme. «Intégrer la santé à la culture d'entreprise permettrait de diminuer ce chiffre catastrophique.»

Le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), Jacques de Haller, approuve son projet. «C'est une bonne idée de montrer aux gens qu'ils sont capables de se débrouiller.» Mais le médecin tempère l'enthousiasme de sa consœur: «Ça ne va pas beaucoup faire baisser les coûts de la santé qui sont composés à 50% de coûts hospitaliers.»

La FMH n'apporte pas de contribution aux Ateliers. L'Etat de Genève non plus. Et Pascal Couchepin a suggéré à Brigitte Zirbs Savigny de s'adresser à la fondation Promotion Santé Suisse. La doctoresse ne baisse pas les bras pour autant: à part une importante donation, elle autofinance ses ateliers. Et refuse d'être sponsorisée, car elle veut garder son indépendance.

http://www.homeofamille.com