«Le Temps» recueille les impressions de nouveaux élus durant leur première session parlementaire Pierre Rusconi 62 ansUDC/Tessin

Nous l’avons attrapé alors qu’il tentait discrètement de sortir du palais, visiblement pas encore au courant de l’existence du balcon des pas perdus. «C’était pour aller fumer», dit-il en mimant le geste. «Mais je suis à vous.» Pierre Rusconi, barbe et chevelure ondoyante blanches, est le premier UDC tessinois à être élu député fédéral depuis 90 ans. Et fier de l’être. Détendu, il se caractérise par son franc-parler et son contact très latin. «La première chose qui m’a frappé ici, c’est le bruit. C’est pire qu’au parlement italien! Je m’attendais à plus de discipline. J’ai siégé douze ans au Grand Conseil tessinois et quand nous voulions discuter avec des collègues, nous sortions.» Quand des classes d’écoliers visitent le palais et s’installent sur les tribunes qui surplombent l’hémicycle, un huissier leur demande d’être silencieux, poursuit-il. «Mais c’est chez nous qu’il devrait le dire!» Il plisse ses yeux bleus et sourit. Pierre Rusconi, président de l’UDC tessinoise jusqu’en octobre, parti à l’origine de la douteuse campagne d’affichage représentant les frontaliers comme des rats s’agrippant à un fromage suisse, dit avoir reçu un excellent accueil au sein de son groupe. Mais il ajoute que deux, trois tirent les ficelles sans laisser beaucoup de place aux autres, «ce qui est quand même un peu démotivant». Pour lui, tout est très codifié, peu spontané, «et on suscite un intérêt des médias qui va bien au-delà de la nécessité». «Je me donne deux sessions pour tout comprendre et commencer à intervenir.» Il compte notamment bien défendre les intérêts de son canton. Son bipeur? «C’est plutôt un vibrateur éternel», glisse-t-il en roulant les «r». «Il vibre lorsqu’il y a un vote, mais aussi pour des messages. Bref, trop souvent! Les anciens élus le laissent d’ailleurs sur leur bureau.»

De mère jurassienne, Pierre Rusconi parle un français impeccable. Pour l’allemand, c’est autre chose. Il utilise l’oreillette de traduction. Il siégera au sein de la Commission de politique extérieure. C’est à l’hôtel Bellevue qu’il a choisi de faire son nid durant les sessions. «Je dois avouer que l’on se fait bien gâter comme parlementaire. Mais quand on vit au Tessin, la distance est un gros problème. Pour assister à une séance de commission d’une heure et demie, je dois faire 9 heures de trajet. Cela me prend presque plus de temps et me coûte plus cher qu’un voyage à New York!» Cette fois, il peut partir fumer.