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Le domaine de Penthes, future Mecque de la coopération

Le futur Centre pour la coopération mondiale doit donner un nouveau souffle à la Genève internationale

Le siège européen des Nations unies, des dizaines d’organisations internationales et de missions permanentes, des centaines d’organisations non gouvernementales et presque autant de sièges de multinationales: la Genève internationale est multiple mais, de l’aveu même des autorités du canton, ses acteurs «avancent souvent en ordre dispersé».

Fort de ce constat, le Conseil d’Etat genevois a lancé, en 2011, un appel à projets pour la création d’un «Centre pour la coopération mondiale» sur le site du domaine de Penthes, dont le château abrite aujourd’hui le Musée des Suisses dans le monde. Deux ans plus tard, le 26 juin dernier, le gouvernement a officiellement annoncé son soutien au projet commun de l’Université de Genève et de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID). Les deux institutions piloteront de concert le futur Centre pour la coopération mondiale, dont le cahier des charges est en cours d’élaboration.

Personnalités d’envergure

Selon nos informations, plusieurs personnalités d’envergure – comme Micheline Calmy-Rey ou Dick Marty – ont déjà accepté de participer au groupe de concertation qui doit définir le fonctionnement et les missions précises du futur centre. Actuel directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy est également associé au projet depuis sa genèse. Il se murmure même qu’il pourrait en prendre la présidence à l’issue de son mandat à l’OMC qui court jusqu’au 31 août. Une information qualifiée de «prématurée» par ses services, contactés lundi.

«Lieu de réflexion, de concertation et de coopération pour les acteurs de la Genève internationale» mais aussi «plateforme pour la négociation et l’arbitrage international» – selon les termes du communiqué de l’Etat de Genève –, le futur centre devra «faire le lien entre les organisations internationales, non gouvernementales et les milieux académiques», explique le vice-recteur de l’Université de Genève, Yves Flückiger.

Chaînon manquant

Piloté par l’Université et l’IHEID, le centre associera nombre de partenaires académiques et d’institutions internationales à travers le monde. «La Genève internationale vient de faire l’objet d’un accord nouveau avec la Confédération en ce qui concerne le siège des organisations internationales, mais elle a besoin d’un souffle nouveau, estime le président du Conseil d’Etat, Charles Beer. Il s’agit de repenser la place des organisations internationales, des ONG mais aussi du secteur privé dans le contexte de la mondialisation. Le centre sera ainsi non seulement un lieu universitaire mais aussi et surtout un lieu de rencontre, avec la création d’un think tank réunissant des participations de tous horizons.»

Plateforme de coopération, le lieu doit devenir le chaînon manquant entre tous les acteurs de la Genève internationale et leur permettre de dégager les synergies qui font aujourd’hui défaut. «Ce que le centre doit apporter, c’est de la réflexion appliquée aux grands problèmes globaux, dans un format directement utile aux acteurs internationaux», résume le directeur le l’IHEID, Philippe Burrin.

Le projet bénéficiera d’un soutien en trois temps du canton de Genève: la mise à disposition du terrain en droit de superficie, un soutien à l’investissement pour le projet immobilier et une subvention de fonctionnement pour les quatre premières années. Aucun chiffre précis n’est articulé, mais on parle d’une enveloppe totale de 10 millions de francs d’argent public.

Le projet immobilier? Il s’agira dans un premier temps de la rénovation du château de Penthes puis, probablement, de la construction d’un espace modulable de salles de conférence sous le château ou encore d’une structure hôtelière sur les hauts du domaine. «L’idée, c’est aussi d’avoir des activités génératrices de ressources», précise Yves Flückiger. Mais que les amoureux du patrimoine se rassurent, «le Musée des Suisses dans le monde n’est pas condamné», promet Charles Beer.

«Machine de régulation»

Directeur romand d’Avenir Suisse et membre du Conseil stratégique de la promotion économique du canton de Genève, Xavier Comtesse applaudit le projet: «Quand on parle de la Genève internationale, on parle toujours de la stratégie des bons offices. Mais c’est autre chose: la vraie machine de la Genève internationale est une machine de régulation. OMC, Organisation internationale des communications ou de la santé, c’est à Genève que sont définis les normes, les standards et les règles du jeu dans quantité de domaines. C’est le fameux «soft power», devenu fondamental. Et la société civile et le secteur privé en sont des acteurs centraux. Le Centre pour la coopération mondiale sera donc très utile, en tant que lieu de recherche et de développement transversal, pour dessiner les cartes de la gouvernance du monde. C’est cette carte que Genève doit jouer.»

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