Montreux, qui se veut station d'hiver au point de se porter candidate à l'accueil des Jeux olympiques, pourrait assister à la mort de son propre domaine skiable. Vaut-il la peine de maintenir le tourisme hivernal aux Rochers de Naye? A quel prix? Et qui va le payer? Ce sont les questions qui se posent à la Municipalité montreusienne, et bientôt à la conférence des syndics de la Riviera. Faute de réponses positives et d'engagements financiers importants des collectivités publiques, les skilifts s'arrêteront de tourner. Du coup, le train n'aura plus aucune raison de poursuivre ses navettes hivernales jusqu'à un sommet qu'il a atteint pour la première fois en 1892.

Plusieurs éléments se conjuguent pour mettre en difficulté un domaine skiable, culminant à 2000 mètres d'altitude et autrefois prestigieux. Il y a d'abord l'attrait des autres domaines, ceux qui ont investi pour se moderniser et se développer, notamment en Valais et dans les Alpes vaudoises. Ils attirent toujours davantage les skieurs de la Riviera.

A cela s'ajoutent les nouvelles règles comptables imposées par Berne, qui interdisent aux chemins de fer d'utiliser leurs subventions pour financer des entreprises accessoires. Le groupe MOB, qui gère la ligne Montreux-les Rochers de Naye, ne peut donc plus compter sur la Confédération pour payer les quelque 200 000 francs de déficit annuel de ses trois skilifts. Un déficit noyé jusqu'ici dans ses comptes ordinaires d'exploitation. Il ne peut pas davantage compter sur le canton de Vaud qui refuse de combler les pertes de remontées mécaniques. Enfin, il ne peut pas songer à ses propres ressources, puisque la ligne de Naye elle-même est déficitaire.

L'âge des installations constitue enfin l'écueil le plus sérieux, et le plus coûteux. Inauguré en 1957, le plus important des trois skilifts de Naye, celui de la combe de Jaman, est complètement à bout de souffle. Malgré deux rénovations partielles, il ne transporte pas plus de 300 personnes à l'heure, et sa concession sera irrévocablement échue au terme de la saison 2001-2002. «Sans Jaman, les deux petits skilifts de Naye seront insuffisants pour attirer les skieurs, et sans skieurs, il n'y aura plus de raison d'engager les dépenses et l'énergie nécessaires pour maintenir la ligne ouverte en hiver», résume Richard Kummrow, directeur du groupe MOB.

Pour les Hauts de Montreux, qui peinent à conserver une attractivité touristique, ce serait un crève-cœur. Les habitants de la région ont d'ailleurs pris les devants, et une pétition réclamant le maintien du ski sur la commune de Montreux circule. Elle aurait déjà recueilli près d'un millier de signatures.

Tout cela laisse Montreux face à la perspective d'importantes dépenses. «Il faut envisager un coût de rénovation proche de 2,4 millions», estime Jean-Claude Doriot, municipal en charge du dossier. Coût minimal, puisque cette somme ne représente que le remplacement du téléski de la Combe de Jaman, complété d'une petite installation facilitant l'accès au col de Jaman et à son restaurant. A la municipalité, on ne songe pas à entrer en matière sur les plans maximalistes qui circulent (lire ci-dessous et voir infographie) et qui pourraient faire grimper les coûts d'investissement jusqu'à 8 millions de francs.

Dans une perspective régionale

Tout le débat doit enfin être placé dans une perspective régionale. Face à la conférence des syndics qui peut appuyer l'utilisation d'un fonds d'équipement régional, Montreux défendra une «symétrie des engagements» par rapport à l'autre domaine skiable de la Riviera, celui des Pléïades au-dessus de Vevey. Egalement en butte à des difficultés financières chroniques, ce dernier voit déjà son déficit annuel pris en charge par les quatre communes qui en sont les plus proches (Vevey, La Tour-de-Peilz, Blonay et Saint-Légier), et qui ont établi leur propre plan de rénovation, d'un montant de 3,2 millions. Or, si de part et d'autre on jure de jouer la carte de la complémentarité, chacun a monté son propre projet de son côté, sans s'occuper de ce que faisait le voisin.

Les skieurs montreusiens, eux, sont dans l'expectative. Si le MOB promet d'ouvrir ses remonte-pentes cet hiver, ni la compagnie ni la municipalité ne disent aujourd'hui qui paiera le déficit de la saison à venir.