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A Ambérieu-en-Bugey, l’Hôtel Terminus, en face de la gare, est fermé depuis dix ans.
© Eddy Mottaz

France

Dans la Dombes, en France voisine, le blues de l’hôtellerie rurale

Cette région de l’Ain illustre la crise que subit l’hôtellerie rurale en France avec des fermetures massives d’établissements. En cause, les nouvelles mises aux normes très onéreuses et Airbnb, dont la concurrence est jugée déloyale

L’adresse était connue dans la région et bien au-delà. On venait de Lyon, de Bourg-en-Bresse, de Genève aussi, goûter la volaille de Bresse et les grenouilles de la Dombes. L’autoroute, pas très loin, déposait les fines bouches aux Echets, à dix minutes de la façade écarlate de l’hôtel-restaurant de Christophe Marguin. Un habitué aurait aujourd’hui le cœur fendu. Les portes sont closes depuis juin 2017. Un promoteur va construire trois immeubles et 70 logements.

Dans la Dombes, ce fut vécu comme la chute d’un monument. Cent onze années que la maison Marguin existait. L’arrière-grand-père de Christophe, un maréchal-ferrant, s’est installé en 1906 et son épouse Pierrette proposait aux voyageurs des casse-croûte et un bon lit. Les honneurs sont venus avec l’arrivée de Jacky, le père de Christophe, premier apprenti de Paul Bocuse. Une étoile au Michelin en 1977. Christophe Marguin a repris l’affaire et l’a gérée pendant vingt-cinq ans. Il a ouvert il y a deux mois une brasserie, Le Président, dans le VIe arrondissement de Lyon. Pourquoi avoir vendu un si noble établissement? «On nous rend la vie difficile avec toutes ces nouvelles mises aux normes qui coûtent cher, ça va trop loin», répond-il.

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Crise sans précédent de l’hôtellerie

Jean-Pierre Vullin, le président de l’Union des métiers de l’industrie et de l’hôtellerie de l’Ain, parle de crise de l’hôtellerie sans précédent dans son département, et particulièrement dans la Dombes, site très touristique avec ses 1400 étangs, «une réserve ornithologique extraordinaire», et son Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes qui attire 330 000 visiteurs par an. Le territoire a perdu 40% de ses établissements ces vingt dernières années. Le responsable précise: «Beaucoup d’hôteliers se rendent compte que les nouvelles législations en termes de normes de sécurité les asphyxient. Et puis il y a maintenant Internet, le téléphone portable et la concurrence illégale d’Airbnb.» La plateforme permet de trouver des logements chez des particuliers à des prix le plus souvent inférieurs à ceux pratiqués par les hôtels et avec une offre élargie (plusieurs chambres, salon, cuisine, jardin et parfois piscine).

Soixante-deux logements sont répertoriés par le site Airbnb à Ambérieu-en-Bugey et ses environs, près de 200 dans la Communauté de communes. Cette bourgade de 14 000 habitants ne recense plus que… deux hôtels. Le Terminus, face à la gare, a les volets clos depuis dix ans. Sa façade lépreuse emplit de honte une riveraine rencontrée chez la fleuriste, qui a ouvert boutique dans l’ancienne réception. «Ça fait mal aux yeux de voir ça. Le voyageur qui sort de la gare doit avoir envie de remonter dans le train», dit-elle.

A Villars-les-Dombes, le Ribotel, situé à dix battements d’ailes du Parc des Oiseaux, a été vendu en juin 2017 et les 43 chambres logent désormais des requérants d’asile. Florent Chevrel, le vice-président de la Communauté de communes chargé du tourisme, explique: «Le maire s’est fait avoir. On lui avait assuré que ça allait rester un hôtel. Du coup, si un car se présente, on ne peut pas loger les gens dans la commune, à deux pas d’un site très touristique.»

La concurrence d’Airbnb

Jean-Pierre Vullin ajoute: «Et c’est partout comme ça. A Thoissey, le Chapon Fin de Paul Blanc, qui a eu jusqu’à deux étoiles, a fermé et il est devenu une maison de retraite.» Le patron des hôteliers y voit un symbole. La région serait comme moribonde, en dépit de son fort potentiel touristique et de son dynamisme économique. «On fabrique des villages-dortoirs, sans commerce, sans âme, avec une nouvelle population qui travaille sur Lyon ou Bourg-en-Bresse et fait ses courses dans la grande distribution. Et pour arrondir leurs fins de mois, ils jouent les hôteliers», s’emporte-t-il.

Olivier est l’un de ces logeurs Airbnb. Coquette maison à Versailleux, trois chambres, trois lits, d’autres en appoint si besoin. Tout est à disposition, de la salle de bains aux appareils ménagers et l’accès au jardin. Pour 90 euros la nuitée. L’hiver, il reçoit plutôt des gens en stage. L’été, il loue un mois sur deux, à des Français mais aussi des Belges, des Suisses, des Anglais. «On accueille les gens à leur arrivée, on leur indique ce qui se visite dans la Dombes et au-delà», confie-t-il.

Les élus parlent de concurrence déloyale parce que ces objets (ainsi sont nommées les offres Airbnb) sont quasi incontrôlables. Airbnb est assimilé à un phénomène urbain, mais dans l’Ain, 90% des annonces proviennent des campagnes. La loi impose un maximum de 120 jours de location, un plafond rarement respecté. «Comment peut-on vérifier cela? Envoyer les gendarmes tenir une comptabilité chez les gens, mais chez qui? Et nos agents ont autre chose à faire», s’énerve Pierre Pernet, le maire d’Ambérieux-en-Dombes.

A une tout autre échelle, Paris exige désormais que les loueurs possèdent un numéro d’enregistrement afin de vérifier que le quota des 120 nuitées n’est pas dépassé. Mais selon Le Figaro qui a enquêté, à la mi-janvier, un mois et demi après la mise en place du dispositif, moins de 20% des annonces étaient en règle. Mais des villes ont obtenu de la plateforme Airbnb qu’elle leur reverse les taxes de séjour (6,9 millions d’euros pour Paris, 860 000 et 790 000 pour Nice et Marseille). Annecy, plus près de chez nous, va percevoir 146 000 euros.

La taxe de séjour, on y songe

En Suisse, le nombre d’annonces Airbnb n’a jamais été aussi élevé: 80 000 lits à la fin juin, soit 30% de l’offre hôtelière, selon l’Observatoire valaisan du tourisme. Plusieurs cantons négocient avec la plateforme américaine pour récupérer les taxes de séjour. Zoug est le seul canton à avoir signé une convention avec l’entreprise, qui les prélève depuis juillet 2017 pour Zoug Tourisme. Le Valais (28,6% de l’offre nationale), Fribourg, Genève, Berne, Zurich et le Tessin sont toujours en négociation.

Dans la Dombes, les communes ne perçoivent aucune taxe de séjour. Un manque à gagner non négligeable puisque ce type de taxe oscille, selon les territoires, entre 1 et 4 euros. Les élus ne savent pas trop comment faire pour l’imposer et si elle peut être imposée. «Nous n’avons pas le bras aussi long que Paris ou Lyon, mais on y réfléchit, on creuse», confie Florent Chevrel. Qui parle d’une stratégie à l’étude afin de mieux faire connaître la Dombes: «Il faut commencer par le commencement et mettre en avant nos atouts, qui sont immenses.» Il évoque des constructions de terrains de golf, une généralisation de la fibre optique d’ici à 2020 et un camion itinérant qui irait promouvoir la Dombes bien au-delà de ses étangs. «Les hôteliers reviendront quand ils sauront que ce territoire a un avenir», martèle-t-il.

La Roseraie rouvre à Ambérieux-en-Dombes

Le message est déjà passé chez Magalie et Marjorie Boulon. Ces deux sœurs ont repris en janvier 2016 une vieille affaire à Ambérieux-en-Dombes. La Roseraie a retrouvé vie. Un bar, un tabac, des journaux en vente et sept chambres de 39 à 79 euros. La Communauté de communes leur a avancé à taux zéro 10 000 euros. Elles ne roulent pas sur l’or mais ont un taux de remplissage très correct (des ouvriers la semaine, des touristes le week-end). Elles ont embauché une jeune fille du coin et proposent un petit-déjeuner composé de pain, beurre, confitures et autres produits naturels du village.

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