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Dimanche 12 février, la naturalisation facilitée a été plébiscitée par 60,4% des voix.
© CHRISTIAN BEUTLER

Votation

Dominik Hangartner: «La naturalisation renforce le sentiment d’appartenir à la Suisse»

Accélérer le processus de naturalisation, même pour des personnes nées en Suisse ou qui y vivent depuis longtemps, améliore l’intégration, juge le politologue zurichois Dominik Hangartner, qui a conduit une étude sur le sujet

Que va changer la décision prise par les Suisses dimanche de faciliter la naturalisation pour la troisième génération d’immigrés? Nous avons posé la question au politologue zurichois Dominik Hangartner, auteur d’une étude* qui permet d’établir que l’obtention du passeport suisse favorise l’intégration des étrangers.

Le Temps: On estime que 25 000 jeunes, puis chaque année 2300 enfants auront accès à la procédure de naturalisation facilitée. Qu’est ce que cette décision changera pour eux?

Dominik Hangartner: Nous constatons que la naturalisation joue le rôle d’un catalyseur: elle favorise l’intégration, surtout pour les populations de Turquie ou de l’ex-Yougoslavie, qui rencontrent les préjugés les plus tenaces. Ceux qui obtiennent le passeport suisse s’intéressent davantage à la Suisse, la connaissent mieux et participent à la vie politique tout autant que les Suisses. Par exemple, ils auront tendance à lire des journaux locaux, plutôt que la presse de leur pays d’origine. Finalement, ils se sentent moins discriminés.

– Comment avez-vous pu l’établir?

– Nous avons observé les processus de naturalisation dans 46 localités alémaniques où la décision se fait par votation communale anonyme. Nous avons interrogé 768 personnes dont la naturalisation a été rejetée ou acceptée de justesse, et qui ne présentent pas de grande différence d’âge, de sexe, de connaissance linguistique ou de durée de séjour en Suisse. Pour des migrants séparés seulement par quelques voix (qui ont récolté 49% ou 51% de votes), le fait d’avoir obtenu la nationalité suisse relève presque du hasard – ils sont donc comparables. Résultat, les individus qui ont obtenu de justesse la nationalité suisse plus de 15 ans auparavant sont bien mieux intégrés que ceux dont la demande avait été rejetée.

– La naturalisation n’est-elle pas plutôt l’aboutissement d’une intégration réussie?

– Nous pouvions penser a priori que pour une personne née en Suisse ou vivant dans le pays depuis 15-20 ans, qui a été scolarisée ici, obtenir le passeport suisse ne fait pas de grande différence. Or nous avons été surpris par l’importance de l’effet de la naturalisation sur l’intégration, que notre étude permet de mesurer pour la première fois. L’obtention d’un passeport, surtout si elle intervient tôt, bénéficie aux migrants, mais elle représente un avantage pour l’ensemble de la société suisse: cela permet, grâce à une meilleure intégration sur le marché du travail, de réduire les dépenses en prestations sociales et d’augmenter les recettes fiscales.

– Que signifie «être intégré»?

– Dans nos études nous nous concentrons sur l’intégration politique et sociale: prendre part aux votations et aux élections, obtenir un travail et un logement, parler la langue. Mais nous avons aussi interrogé les participants à l’étude sur leur sentiment d’intégration. Nous constations que la naturalisation accentue le sentiment d’appartenance à la société. En somme, elle n’affaiblit pas l’identité suisse, elle la renforce.

– Pourquoi beaucoup d’immigrés qui peuvent prétendre à la naturalisation n’en font pas la demande?

– L’une des premières explications, c’est le coût de la procédure, qui peut atteindre plusieurs milliers de francs. Une grosse somme pour des familles possédant souvent des revenus modestes. Mais nous pensons que ce n’est pas l’unique raison, c’est pourquoi nous sommes en train de mener une nouvelle étude sur ce sujet.

– Selon vous, qu’est-ce qui explique que les Suisses aient accepté de faciliter la naturalisation pour la troisième génération alors qu’ils l’avaient toujours refusé jusqu’ici?

– Je n’y vois pas un changement radical de position: la réforme proposée est modeste, elle ne transforme pas fondamentalement la procédure de naturalisation en Suisse, qui reste l’une des plus strictes d’Europe.


En vidéo: ce que le projet va changer.

 


 

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*citizenship.ch, publiée en 2015 par les universités de Zurich, Stanford, Mannheim et London School of Economics.

 

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