Conseil national

Dominique de Buman, un humaniste au perchoir

A l’automne de sa carrière politique, le Fribourgeois accède à la présidence du Conseil national. Il emmènera ses collègues du bureau en Arménie et rendra hommage à Nicolas de Flüe

Il n’est pas devenu conseiller fédéral, ni même conseiller aux Etats, Dominique de Buman. L’an prochain pourtant, il accédera au perchoir du Conseil national, consécration d’une longue carrière politique de plus de trente ans. Flatté, le Fribourgeois sourit, puis joue l’humilité: «Nous sommes en démocratie, il n’y a pas de couronnement en Suisse!»

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est prêt pour la fonction. Il a déjà souvent remplacé l’actuel président, Jürg Stahl (UDC/ZH), n’hésitant pas à affirmer son autorité lorsqu’un élu déroge aux mœurs du parlement. Tout récemment, il a admonesté le rédacteur en chef de la Weltwoche, Roger Köppel: «Je ne vous ai pas passé la parole, M. Köppel. Ici, c’est moi qui commande!»

Dominique de Buman (61 ans) se réjouit donc d’agiter sa petite clochette en «premier citoyen de Suisse». Un titre officieux qui lui sied bien, car il se sent naturellement proche des gens. Il a beau porter un nom à particule – sa famille est bourgeoise de Fribourg depuis 1396 –, il ne s’en est jamais prévalu. Durant onze ans, il a été l’un des syndics les plus populaires de Fribourg, notamment lorsqu’il s’est fortement engagé contre la fermeture de la brasserie Cardinal par Feldschlösschen.

Un terrien convivial

Sa présidence lui permettra précisément de mettre ses racines en exergue, ce canton de Fribourg qui a été le premier des romands à entrer dans la Confédération en 1481. Un canton bien à l’image du pays, plurilingue et multiculturel. «Le Fribourgeois est un terrien convivial qui sait que l’autre existe. Il comprend et se fait comprendre», insiste-t-il.

Pas étonnant, dès lors, que le syndic ait poursuivi sa carrière politique sous la Coupole fédérale. Il y débarque en 2003, plus ou moins en même temps qu’une génération de politiciens (les Schwaller, Berset, Levrat et Bourgeois entre autres) qui vont faire de la députation fribourgeoise l’une des plus influentes du pays. Un an plus tard, il est déjà vice-président du PDC suisse.

C’est là pourtant que les choses vont se gâter. L’homme d’exécutif qu’il était peine d’abord à se faire entendre dans ce parlement qui fourmille d’ego surdimensionnés. Cela d’autant plus qu’il subit jusqu’en 2007 de féroces critiques sur sa gestion «déficiente» de la caisse de pension des employés de la Ville de Fribourg, accusations qui se révèlent infondées en fin de compte. L’affaire est à peine oubliée que Dominique de Buman se sent pousser des ailes de papable pour le Conseil fédéral après la démission du radical Pascal Couchepin en 2009.

Une candidature qui fâche

Lorsque le PDC décide de lancer une «candidature de combat», il se déclare intéressé. Mais ce faisant, il contrecarre les plans du président d’alors, Christophe Darbellay, qui table, lui, sur le chef de groupe bilingue Urs Schwaller pour ravir le siège au PLR. En insistant lourdement sur le fait que ce fauteuil revient à un pur Romand, Dominique de Buman s’attire de solides inimitiés, même s’il finit par se retirer de la course.

Au sein de son parti, il incarne un courant centriste «libéral social» pour contrebalancer le poids de ce qu’on a appelé en Suisse alémanique le «KMU-Klub» (le Club des PME), très ancré à droite. Il a toujours tenu à marier l’esprit d’initiative à une fibre sociale. «Je crois aux entrepreneurs chrétiens», assène-t-il.

«C’est un humaniste aux convictions profondes, toujours très engagé dans les questions éthiques», témoigne son ex-collègue Lucrezia Meier-Schatz (PDC/SG). En 2003, c’est lui qui fait passer au Conseil national une motion en faveur de la reconnaissance par la Suisse du génocide arménien. Il est allé plusieurs fois sur place. «L’Arménie est l’un des berceaux du christianisme. C’est un petit pays avec une grande culture, qui a produit de nombreux scientifiques et artistes.» C’est ailleurs à Erevan qu’il emmènera ses collègues du bureau du Conseil national en février 2018.

Don Quichotte et les sachets en plastique

Parmi ses convictions figure aussi l’écologie, bien qu’il possède deux motos – une BMW 1000 RR et une Yamaha MT 10 – et qu’il savoure le «plaisir des chevauchées en liberté». Il devient président de Biomasse Suisse en 2011, «avant l’accident nucléaire de Fukushima», précise-t-il.

A la demande d’Isabelle Chevalley qui n’est encore qu’une lobbyiste d’Ecologie libérale, il se lance à corps perdu dans un combat digne de don Quichotte: il veut faire interdire les sachets en plastique distribués gratuitement aux caisses des grands distributeurs. Il s’attire d’abord l’ire de la presse de boulevard, mais finit par avoir raison. Les supermarchés font désormais payer ces petits sacs 5 centimes, ce qui a eu pour effet de réduire leur utilisation de 80%.

Au fil des ans, ce politicien professionnel est devenu un lobbyiste sous la Coupole. Aujourd’hui, il assume plusieurs présidences, dont celles de la Fédération suisse du tourisme, des Remontées mécaniques suisses et de Bibliomedia. Sa carrière n’a pas été exempte d’échecs, mais il dit les avoir bien digérés. Il est apaisé, serein. Aux visiteurs qu’il recevra dans sa future fonction, Dominique de Buman offrira un porte-clé à l’effigie de Nicolas de Flüe, ce médiateur et bâtisseur de ponts «porteur de l’identité nationale».

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