Coup de tonnerre: au terme d’une enquête de plusieurs semaines, le Ministère public genevois a fait arrêter Dominique Giroud, ainsi qu’un hacker professionnel, un détective privé et un quatrième suspect, avec l’appui de plusieurs polices cantonales. Entendus mercredi par la brigade financière en qualité de prévenus, ils doivent être entendus aujourd’hui par le Ministère public.

L’encaveur valaisan et les trois autres personnes sont soupçonnés d’avoir commandité, respectivement exécuté, le piratage de plusieurs ordinateurs, notamment de deux journalistes, explique le Ministère public dans un communiqué. Un agent du Service de renseignement de la Confédération (SRC) aurait agi de concert avec Dominique Giroud pour mandater le hacker. Contacté, le SRC affirme ne pas avoir mandaté son collaborateur dans le cadre de l’affaire Giroud. «Mais celui-ci a été suspendu ce jour, conformément à la procédure ordinaire, jusqu’aux conclusions de l’enquête du Ministère public genevois», indique le porte-parole du SRC, Felix Endrich.

Le SRC précise qu’il était au courant des investigations menées à l’encontre de l’un de ses collaborateurs. Il en a d’ailleurs informé le Département fédéral de la défense et les autorités de surveillance, dont la Délégation des commissions de gestion.

Le but de l’opération qu’aurait montée Dominique Giroud et les trois autres prévenus, poursuit le parquet genevois, était apparemment d’identifier la source de fuites dans les médias concernant les procédures en cours impliquant l’encaveur.

Sous enquête pénale dans le canton de Vaud et notamment soupçonné d’infraction fiscale, Dominique Giroud aurait engagé successivement deux détectives, pour surveiller un fonctionnaire de l’Administration fédérale des contributions (AFC), avait affirmé «Le Matin Dimanche», sur la base de témoignages d’un député et d’un notable valaisans. L’AFC avait confirmé avoir eu connaissance du fait qu’un détective privé avait été mandaté pour suivre l’un de ses enquêteurs.

Téléphones et e-mails suspects

Un premier détective privé valaisan aurait été engagé par Dominique Giroud pour trouver failles et autres points faibles dans le travail de l’enquêteur de l’AFC chargé de traiter son dossier. Le limier n’ayant rien trouvé de saillant, il se serait disputé avec son mandant. Dominique Giroud aurait alors engagé un deuxième enquêteur privé, à Genève cette fois. Il aurait également sollicité les services d’un hacker professionnel pour espionner les ordinateurs de deux journalistes au moins, notamment du «Temps».

La journaliste du «Temps», cible de l’espionnage supposé, a été entendue par les enquêteurs à Genève il y a quelques jours. Elle a reçu au moins un appel suspect, le 4 mars dernier, d’une cabine téléphonique genevoise qui avait aussi appelé un journaliste de la RTS, l’autre cible présumée. La journaliste du «Temps» et son confrère de la RTS ont également reçu au moins un e-mail comportant un document Word infecté et malicieux. Cet e-mail a permis de remonter jusqu’à un serveur à Zurich. La RTS et «Le Temps» avaient déposé plainte contre inconnu pour «tentative de soustraction de données».

Avec l’arrestation de l’encaveur, l’affaire se précipite. Fin mai, Dominique Giroud avait nommé un nouveau directeur pour sa société, rebaptisée «Château Constellation», et annoncé son retrait pour se consacrer pleinement au règlement de ses dossiers en cours. Parallèlement, le président de l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais (IVV), Paul-André Roux, a annoncé mardi qu’il jetait l’éponge, invoquant un «manque de temps» pour accomplir une tâche toujours plus lourde. Imaginant pouvoir être également une cible de piratage, l’IVV a par ailleurs fait renforcer son système informatique, rapporte jeudi «Le Nouvelliste».

Le Valais est profondément secoué par cette affaire protéiforme depuis plusieurs mois. La «censure» de deux sujets de la RTS consacrés à l’affaire Giroud avait achevé d’indigner les Valaisans, d’aucuns n’hésitant plus à parler de «république bananière», de «honte» ou de «dictature», soupçonnant une influence anormale de Dominique Giroud sur les institutions.